Justice

Paul Manafort condamné pour fraude

Ce verdict reste partiel, le jury du tribunal fédéral d’Alexandria ne s’étant toutefois accordé que sur 8 des 18 chefs d’accusation qui visaient l’ex-chef de campagne de Donald Trump

L’ancien chef de campagne du président américain Donald Trump, Paul Manafort, a été condamné mardi pour fraude bancaire et fiscale. Le jury du tribunal fédéral d’Alexandria, en Virginie, ne s’est toutefois accordé que sur 8 des 18 chefs d’accusation qui le visaient.

Son procès ne portait pas sur des faits directement liés à une possible collusion entre des membres de l’équipe de campagne du président américain et des responsables russes. Mais il est le premier à découler des investigations menées depuis mai 2017 par le procureur spécial Robert Mueller.

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«Nous ne parvenons pas à aboutir à un consensus sur 10 des chefs d’accusation», ont fait savoir les jurés dans un communiqué lu à l’audience. Le juge a donné à l’accusation jusqu’au 29 août pour décider s’il fallait rejuger Paul Manafort pour les accusations sur lesquelles le jury n’a pu parvenir à se mettre d’accord. En conséquence, le magistrat n’a pas fixé de date pour l’annonce de la condamnation pour les autres accusations.

Paul Manafort, 69 ans, est resté calme pendant la lecture du verdict. Son avocat a déclaré qu’il «envisage toutes les options possibles» après sa condamnation. Il encourt une peine maximale de 80 années de prison. Mais plusieurs spécialistes judiciaires estiment qu’il sera condamné à une peine d’emprisonnement d’environ 10 ans.

Donald Trump rejette tout soupçon de collusion

Ce procès, très suivi aux Etats-Unis, était vu comme un test. Les douze jurés de la Cour fédérale d’Alexandria, près de Washington, six femmes et six hommes, délibéraient depuis jeudi, après deux semaines de débats. L’issue de l’audience représente au final une victoire, bien qu’incomplète, pour le procureur spécial Robert Mueller, chargé d’enquêter sur une éventuelle collusion entre l’équipe de campagne de Donald Trump en 2016 et Moscou.

La condamnation de Paul Manafort affaiblit par ailleurs la position du président Donald Trump, qui ne cesse de dénoncer une «chasse aux sorcières».

Coïncidence du calendrier, ce verdict est tombé alors que l’ex-avocat personnel du président américain, Michael Cohen, a pour sa part plaidé coupable devant un juge fédéral de Manhattan de huit chefs d’accusation, dont cinq pour fraude fiscale et deux pour violation des lois sur le financement des campagnes électorales.

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«Je me sens très triste», a réagi le président américain en marge d’un déplacement en Virginie-Occidentale, au sujet de Paul Manafort, un «homme bien». Donald Trump a tenu à rappeler que cette décision judiciaire n’avait en soi «rien à voir» avec une éventuelle collusion, qu’il nie farouchement depuis des mois. «Où est la collusion? a-t-il lancé à ses supporters pendant la soirée. Ils cherchent toujours une collusion. Où est la collusion? Trouvez de la collusion!»

Des faits découverts lors de l’enquête du procureur Mueller

MM. Manafort et Cohen étaient ses anciens lieutenants, qui ont chacun joué un rôle central au cours de la campagne de l’élection présidentielle de 2016. Paul Manafort, un ex-consultant politique influent, était accusé d’avoir dissimulé au fisc américain 16 millions de dollars qu’il avait gagnés en tant que consultant politique pour des politiciens pro-russes en Ukraine et avec ses activités de conseil auprès de l’ancien président ukrainien Viktor Ianoukovitch, jusqu’à sa fuite d’Ukraine en 2014.

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Il était également poursuivi pour avoir ensuite trompé des banques sur ses finances pour obtenir des prêts de 20 millions, lorsque ses revenus se sont taris. Ces faits ont été découverts au cours de l’enquête du procureur Mueller, qui se poursuit malgré les appels incessants de la Maison-Blanche qui souhaite y voir mettre un terme.

Un second procès attend Paul Manafort, le 17 septembre à Washington, pour lequel il est accusé de blanchiment d’argent et d’entrave à la justice. Le second procès devrait permettre de préciser la nature des relations de Paul Manafort avec la Russie de Vladimir Poutine.

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