Etats-Unis

Paul Manafort, menteur invétéré ou professionnel trahi?

L’ex-chef de campagne de Donald Trump s’est fait tirer deux portraits complètement différents lors de son procès mercredi. Les jurés doivent délibérer dès jeudi

Menteur invétéré aux millions de dollars cachés au fisc ou consultant politique honorable trompé par un proche? Accusation et défense ont dépeint deux visages bien différents de l’ex-chef de campagne de Donald Trump, Paul Manafort, lors de son procès mercredi 15 août.

Après le réquisitoire et le plaidoyer, au tribunal d’Alexandria près de Washington, le juge T.S. Ellis a donné ses instructions aux douze jurés, puis les a convoqués à 9h30 aujourd'hui jeudi (15h30 en Suisse). Ils devraient se retirer peu après pour délibérer sur les 18 chefs d’accusation pesant contre Paul Manafort, 69 ans.

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«M. Manafort a menti pour garder son argent quand il en avait, puis M. Manafort a menti pour obtenir de l’argent quand il n’en avait plus», a martelé le procureur Greg Andres. Il faisait référence aux millions de dollars tirés principalement de ses activités de conseil auprès de l’ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch, soutenu par Moscou.

«Chasse aux sorcières»

La défense a contre-attaqué en tentant de convaincre les jurés que le dossier de l’accusation est chancelant. Les avocats ont aussi laissé entendre que les enquêteurs s’étaient acharnés sur leur client sous les ordres du «procureur spécial» Mueller, honni du président américain. Deux mots qu’ils ont répétés à plusieurs reprises, au grand dam de l’accusation, car ils pourraient influencer les jurés.

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Ancien lobbyiste de renom, Paul Manafort est en effet le premier à faire face à un procès découlant de l’enquête explosive de Robert Mueller, le procureur spécial chargé du dossier russe. Une «chasse aux sorcières», tempête Donald Trump depuis des mois, s’en prenant dernièrement directement à Robert Mueller, ex-chef du FBI pourtant respecté chez les républicains.

Si les faits reprochés à Paul Manafort sont antérieurs et non liés à l’élection présidentielle de novembre 2016, ce procès ultra-médiatique n’en reste pas moins embarrassant pour le président américain.

31 comptes à l’étranger

Entre 2010 et 2014, Paul Manafort «possédait» et «contrôlait» 31 comptes bancaires à l’étranger, par lesquels sont passés «plus de 60 millions de dollars», a expliqué l’accusation. Sur ce total, 15 millions de dollars ont servi à financer «ses dépenses et celles de sa famille».

En plus de la fraude fiscale, il est accusé d’avoir caché l’existence de ces comptes à l’étranger – la plupart à Chypre – et d’avoir menti à des banques pour obtenir des prêts, une fois que Viktor Ianoukovitch – sa «poule aux œufs d’or», selon les procureurs – a fui l’Ukraine en 2014.

Paul Manafort rejette toutes ces accusations. Il risque de passer le restant de ses jours en prison. Soulignant sa formation d’avocat, le procureur Andres a affirmé que «M. Manafort connaissait la loi mais l’a quand même violée».

«Pas suffisant»

«Nous estimons que le gouvernement n’a pas établi la charge de la preuve» au-delà du doute raisonnable, a rétorqué l’un des avocats de Paul Manafort, Richard Westling. Puis, face aux jurés, il a ajouté: «Ce n’est pas suffisant de penser que quelqu’un est probablement coupable.»

Pendant le procès, la défense n’a appelé personne à la barre, alors que les procureurs ont fait défiler plus de 20 témoins. Selon Jacob Frenkel, ex-procureur fédéral américain et associé du cabinet juridique Dickinson Wright, «ses avocats et (Paul Manafort) ont estimé qu’ils avaient laissé assez de place au doute» dans l’esprit des jurés lors des contre-interrogatoires.

Notamment lors de celui de Richard Gates, ancien associé qui a reconnu s’être entendu avec Paul Manafort pour frauder le fisc américain et lui avoir volé des centaines de milliers de dollars. L’homme âgé de 46 ans coopère avec Robert Mueller depuis qu’il a accepté de plaider coupable en février.

«Bon sens»

Comme à l’ouverture du procès, la défense s’est donc attachée mercredi à démolir la crédibilité de ce témoin, évoquant son besoin d’argent à cause d’une liaison secrète et lui rejetant la responsabilité des fraudes. «Paul Manafort lui faisait confiance», s’est désolé Kevin Downing.

Le procureur Andres a défendu de nouveau farouchement la crédibilité de son témoin. «La défense vous demande d’ignorer votre propre bon sens, a-t-il lancé aux jurés. Toutes les preuves montrent que M. Manafort est coupable.»

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