«Pour la première fois, le gouvernement du Québec sera dirigé par une femme», s’est réjouie Pauline Marois, au soir de sa victoire le 4 septembre. À 63 ans, la députée de Charlevoix réalise le rêve de toute une vie. Presque par hasard. Elue par défaut face à un premier ministre libéral usé par neuf années de pouvoir, Pauline Marois a souvent connu les défaites. Au milieu des années 1980 dans sa course à la tête du Parti québécois (PQ) pour succéder à René Lévesque tout d’abord. Elle est alors battue par l’éphémère premier ministre Pierre-Marc Johnson. En 2005, cette femme toute en rondeurs a ensuite échoué face à André Boisclair. Abattue, elle a quitté temporairement la vie politique l’année suivante. Ses partisanes ont attribué ses échecs au fait qu’elle était une femme, dénigrée par le milieu politique masculin. D’autres critiques ont dénoncé son manque de charisme. Sa nomination à la tête du PQ en 2007 a été une revanche pour cette femme ambitieuse, tenace et féministe, qui a occupé plus d’une dizaine de postes ministériels au cours des 35 dernières années. Elle a dirigé des portefeuilles clés comme l’éducation, les finances et la santé. Si Pauline Marois est l’une des politiciennes les plus expérimentées du Québec, elle a été fortement critiquée pour ses mesures de restrictions budgétaires drastiques au Ministère de la santé à la fin des années 1990. Le système de santé de la Belle province ne s’en est pas remis et plus de deux millions de Québécois n’ont pas accès à un médecin de famille. Sa nomination comme première femme Première ministre du Québec est une consécration. C’était sa dernière chance.

Une souverainiste molle

Pauline Marois a longtemps traîné comme un boulet son image de grande bourgeoise. Mère de quatre enfants, elle a été raillée pour son manoir tape à l’oeil situé sur une île montréalaise du fleuve St-Laurent et son train de vie somptueux. Elle partage sa vie depuis 1969 avec son époux multimillionnaire, Claude Blanchet, l’ancien président de la Société générale de financement du Québec. Unanimement reconnue pour sa connaissance des dossiers, «Pauline», comme l’appellent familièrement les Québécois, a toujours eu du mal à se faire accepter par les militants de son parti. Elle est perçue comme une souverainiste molle. Les partisans de la souveraineté doutent qu’un jour elle mène le Québec à l’indépendance. Dès sa nomination en 2007 à la tête du PQ, elle avait déjà donné la réponse: «Le Parti québécois doit rompre avec le piège de l’obligation référendaire. Si on me choisit comme chef de ce parti, c’est aussi cette orientation que l’on choisit». Elle n’a pas changé de position depuis. Pauline Marois veut affirmer l’identité sociale-démocrate du PQ. Elle joue les prestidigitatrices, caresse tant l’aile gauche que l’aile droite du Parti québécois. Pour se faire accepter, l’ancienne élève du Collège Jésus-Marie de Montréal se pose en mère sourire de la nation. Non sans moqueries. Elle a été comparée par le romancier Georges Hébert Germain à «Bonemine, la femme d’Abraracourcix, le chef du village gaulois d’Astérix. La ressemblance n’est pas que physique (blondeur et rondeur), elle est aussi psychologique (joviale et conviviale bonhomie, optimisme ferme et rassurant) et sociale: comme Bonemine, Pauline a épousé un chef puissant et riche, Claude Blanchet». Cible permanente des caricaturistes, cette femme de compromis, dont le gouvernement est minoritaire, devra faire preuve de tous ses talents de négociatrice pour ne pas être «l’étoile filante» du PQ.