Amérique centrale

Pauvreté et violence, le cocktail explosif poussant les Honduriens à l’exil

La caravane de migrants qui est partie du Honduras pour rejoindre les Etats-Unis est composée de gens qui ont perdu espoir de voir leur Etat garantir des conditions de vie minimales. Un expert analyse le phénomène

Donald Trump a évoqué mercredi la possibilité d'envoyer «jusqu'à 10 000 ou 15 000» soldats au sud des Etats-Unis. A ce jour, le Pentagone a autorisé le déploiement de quelque 5 200 soldats à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique. 

La caravane. Le terme évoque des airs de vacances. Or en Amérique centrale, il décrit un calvaire ou le cortège de milliers de Honduriens, de Guatémaltèques, de Salvadoriens, voire de Nicaraguayens marchant des milliers de kilomètres à travers le Mexique dans l’espoir d’atteindre un jour les Etats-Unis. Se déplaçant en tongs, dormant dans des tentes de fortune, églises ou écoles, ils parcourent quelque 35 kilomètres par jour sous des pluies torrentielles ou une température étouffante.

«Il y a des familles, des femmes de plus de 60 ans, des parents avec leurs enfants ou bébés. S’ils partent, ce n’est pas par plaisir, analyse Bernardo Arévalo de Leon. Ce sont des gens qui ont totalement perdu espoir d’une vie meilleure, qui ont besoin de croire en leur eldorado. Ils sont fatigués par la corruption, l’impunité des élites qui, au lieu de défendre le bien commun, ne cherchent qu’à s’enrichir.»

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Mauvaise gouvernance

Expert de l’Amérique centrale et des processus de paix au Guatemala, cet ancien diplomate travaille pour Interpeace, un organisme international basé à Genève. Il le martèle: ces pays ont besoin d’une réforme du système judiciaire pour mettre fin à la corruption. Pour lui, les causes d’émigration sont un cocktail de plusieurs facteurs, les principaux étant une extrême pauvreté et des violences à toutes les strates de la société. Au Honduras, 64,3% des 9,1 millions d’habitants vivent en dessous du seuil de pauvreté. Les homicides sont un fléau endémique. Ils se chiffrent entre 40 et 63 pour 100 000 habitants.

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«Dans les années 2000, poursuit Bernardo Arévalo de Leon, les habitants d’Amérique centrale nourrissaient l’espoir que la démocratie allait apporter le développement. Ils sont aujourd’hui très frustrés. Les Etats d’Amérique centrale ont été incapables de garantir des conditions minimales à la population. Le chômage des jeunes est endémique. Les inégalités sociales ont explosé.»

Le collaborateur d’Interpeace dépeint le Honduras, le Guatemala et le Salvador, des pays auparavant soumis à des régimes autoritaires, comme des «démocraties de mauvaise qualité» qui ont formellement l’aspect d’une démocratie avec des partis politiques et des institutions, mais qui ne fonctionnent pas en tant que telle. Ces Etats n’ont pas réussi à éradiquer une violence qui s’est répandue partout dans la société. «Oui, au Guatemala il y a eu l’accord de paix de 1996 qui a permis de réduire avec succès la violence dans l’arène politique. Mais elle s’est répandue ailleurs dans la société», souligne Bernardo Arévalo de Leon.

Violences domestiques

Au Honduras, la violence s’est nichée partout, dans les relations interpersonnelles, dans la réponse donnée par l’État au phénomène, dans les familles, dans les écoles et dans le système politique. Terrassés par le chômage, nombre de jeunes rejoignent des gangs. «La violence y est marquée, selon Bernardo Arévalo de Leon, mais elle est omniprésente en Amérique latine. Prenez le Venezuela, le Mexique et la Colombie. Le niveau de violence y est très élevé. Mais contrairement au Nicaragua, au Salvador ou au Guatemala, le Honduras n’a pas eu de guerre civile.»

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Les violences domestiques sont l’une des expressions du profond malaise sociétal hondurien. «C’est un phénomène chronique. Rien de surprenant. Si la violence est partout, elle ne va pas épargner la famille. Les sociétés d’Amérique centrale sont très patriarcales. Cette violence a longtemps été tolérée. Maintenant les choses changent. Les hommes n’étant parfois plus à même de subvenir aux besoins de la famille, ils voient leur rôle changer. Les femmes travaillent. C’est une situation qui génère des tensions. Elle crée des traumatismes qui perpétuent la violence. C’est un cercle vicieux», précise l’expert d’Interpeace qui pense qu’il faudra sans doute des générations pour changer la donne.


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