Pavel Borodine ne dormira pas au Swissotel de New York. Le juge Viktor Pohorelsky, au cours de l'audience du Tribunal de district de Brookyln, a comme on pouvait l'attendre rejeté hier soir la demande de liberté sous caution du secrétaire de l'Union Russie-Biélorussie, dont la Suisse a obtenu l'arrestation le 17 janvier à New York, et dont elle attend maintenant l'extradition. La justice genevoise avait lancé à deux reprises un mandat d'arrêt international contre Borodine, qu'elle soupçonne s'avoir reçu des dizaines de millions de dollars de pots-de-vin des entreprises suisses Mabetex et Mercata engagées dans de grands travaux au Kremlin. La justice russe, par contre, considère qu'elle n'a plus rien à reprocher à l'ancien homme de confiance de Boris Eltsine, et elle a clos l'enquête ouverte contre lui à la demande des juges genevois.

Nouveau motif invoqué

Pour obtenir la libération de son client, l'avocat Raymond Levites a avancé un motif nouveau. Il a fait valoir que Pavel Borodine devait pouvoir participer à une réunion budgétaire importante de l'Union dont il est le secrétaire, agendée pour le 17 mars, et qui a déjà été reportée. Il n'y participerait pas en chair et en os, mais d'une résidence new-yorkaise surveillée, où il disposerait des moyens de communications adéquats avec Moscou. Dans le centre de détention de Sunset Park, où il est détenu depuis le 17 janvier, le Russe ne dispose pas d'un fax et ses appels téléphoniques sont limités, a fait valoir son avocat. Mais le juge semblait si peu convaincu de l'importance des nouvelles fonctions de l'ex- intendant du Kremlin qu'il a demandé si son Union existait vraiment... Pour le convaincre, Me Levites a tenté d'apaiser les craintes de fuite si le Russe sortait de prison. Il serait logé soit au Swissotel, soit au Patriarcat orthodoxe, et il porterait en permanence un bracelet de contrôle au poignet. L'attorney fédéral Tom Firestone comme le juge ont estimé que cette garantie n'était pas suffisante, et ils estiment que la différence entre la résidence et la prison, au point de vue des possibilités de communication, n'est que marginale. L'audience sur le fond de la demande suisse d'extradition aura lieu de 2 avril.