Europe

Pour les pays des Balkans, un marché commun au rabais

L’Albanie, le Monténégro, la Serbie, la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine et le Kosovo étaient réunis au sommet de Trieste. Aucun message fort de l’UE sur la reprise d’un élargissement dans l’Europe du Sud-Est: les nations repartent d’Italie avec la seule promesse de la création d’une «zone économique régionale»

L’affiche se voulait belle. Après Berlin, Vienne et Paris, les six pays des Balkans occidentaux avaient rendez-vous mercredi à Trieste, en Italie. Le «processus de Berlin», lancé en 2014 par la chancelière Angela Merkel, a pour but de combler le vide laissé par l’interruption du processus d’élargissement européen, annoncé par Jean-Claude Juncker dès 2014. Dans ce contexte, les dirigeants de la région voulaient savoir si la perspective de l’élargissement était toujours d’actualité et à quelle échéance, mais ils risquent fort de repartir déçus: au lieu d’un message politique fort, la seule décision concrète qui ressort du sommet est un engagement en faveur d’une «zone économique régionale», sorte de réplique, en petit, du marché commun européen.

«Un grand atout»

«Je suis très heureux que les dirigeants des pays des Balkans occidentaux confirment la formation d’une zone économique», s’est félicité Johannes Hahn, le commissaire européen à la Politique régionale et à l’élargissement. «Cela signifie la création d’une région d’environ 20 millions d’habitants où la circulation des biens et des services sera libre.» Le projet a été annoncé lors du Forum économique, organisé parallèlement au sommet des chefs d’Etat et de gouvernement, mais il est loin de susciter un réel enthousiasme. Au contraire, les pays de la région ne cachent pas leurs craintes que ce mini-marché ne tienne lieu de succédané à une véritable dynamique d’intégration, les maintenant longtemps encore aux portes de l’Union.

Les craintes sont particulièrement vives dans le «trio de tête», l’Albanie, le Monténégro et la Serbie, qui ont déjà ouvert depuis plusieurs années leurs négociations d’adhésion, et qui redoutent d’être «retardés» par leurs voisins moins avancés – la Bosnie-Herzégovine et la Macédoine, qui n’ont pas commencé ces discussions, ainsi que le Kosovo, qui n’a encore qu’un statut de candidat «virtuel». Le ministre serbe des Finances, Dusan Vujovic, a néanmoins tenté de relativiser ces inquiétudes. Selon lui, «si certains pensent que ce projet signifie que l’Europe est encore loin, et que les pays de la région doivent s’entraîner dans leur coin, ils se trompent. Ce marché commun peut représenter un grand atout dans le processus ultérieur d’intégration.»

Les modalités pratiques de fonctionnement de la future «zone économique» restent encore inconnues, alors que les pays des Balkans font déjà partie – avec la Moldavie – de l’Accord de libre-échange centre-européen (CEFTA). Les marchés de la région sont submergés par l’importation massive de produits européens, l’Union s’imposant, et de loin, comme le premier partenaire économique de tous les pays d’Europe du Sud-Est. Depuis la crise de 2008, leur désindustrialisation s’est rapidement accélérée, et si les échanges intrarégionaux demeurent extrêmement limités, c’est surtout en raison de la faible complémentarité des économies locales. Si les Balkans attendaient l’annonce de nouveaux engagements européens, ils en seront également pour leur frais. Les quelques projets d’investissements retenus par l’UE ne risquent guère de retarder l’exode qui entraîne les jeunes de Balkans en train de se vider vers l’Europe occidentale.

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