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Les pays du Golfe préparent l’assaut de Sanaa

La coalition menée par l’Arabie saoudite vise désormais la capitale du Yémen. Ses membres sont en train d’acquérir l’expérience militaire qui leur a longtemps manqué

Les pays du Golfe préparent l’assaut de Sanaa

Moyen-Orient La coalition menée par l’Arabie saoudite vise désormais la capitale du Yémen

Ses membres sont en train d’acquérir l’expérience militaire qui leur a longtemps manqué

Une piste d’atterrissage plongée dans la nuit. Des officiels debout de part et d’autre d’un long tapis. Et des cercueils, des dizaines de cercueils, retirés d’un avion pour être transportés par des militaires en uniforme vers la sortie de l’aéroport. Telle est la scène sinistre qu’ont vécue samedi dernier les Emirats arabes unis. Une scène qui a rappelé l’escalade militaire dans laquelle plusieurs pays du Golfe sont engagés au Yémen, sous la direction de l’Arabie saoudite, contre les forces chiites houthistes, proches de l’Iran.

La veille avait représenté une journée particulièrement noire pour les envahisseurs. Un missile sol-sol tiré contre une de leurs bases de la province de Marib, au centre du Yémen, a provoqué une énorme explosion en atterrissant sur un dépôt de munitions. Bilan de l’attaque: 60 morts, parmi lesquels figurent 45 Emiratis, 10 Saoudiens et 5 Bahreïnis, ce qui représente les pertes les plus sévères essuyées en une seule journée par la coalition depuis le début de son intervention en mars dernier.

L’événement a soulevé une vive émotion dans les pays concernés, peu habitués à ce genre de drames. En six mois de conflit, jamais encore l’Arabie saoudite n’avait perdu de soldats sur territoire yéménite. Et en quarante-quatre ans d’existence, jamais les Emirats n’avaient essuyé de telles pertes au combat. La riposte de la coalition a été d’autant plus sévère. Son aviation a effectué dès le lendemain sur la capitale yéménite, Sanaa, tenue par les houthistes, des raids d’une violence inédite.

Cette escalade militaire ne doit rien au hasard. Après des mois de bombardements aériens, la coalition s’engage de plus en plus massivement au sol. La ville d’Aden, dans le sud, et les provinces avoisinantes désormais reconquises, elle porte ses efforts plus au nord, en direction de Sanaa. Ce qui l’a conduit ces dernières semaines à concentrer toujours plus de matériel et de troupes dans la province de Marib. Une région qui compte pour caractéristiques notables d’être peuplée de sunnites, a priori hostiles à la milice chiite, et de se situer sur l’un des principaux axes routiers menant de l’Arabie saoudite à la capitale.

Les renforts affluent en vue de la nouvelle offensive. Après l’Arabie saoudite, les Emirats et le Bahreïn, le Qatar a envoyé à son tour, lundi, des forces terrestres au Yémen. Soit un millier d’hommes, appuyés par 200 véhicules blindés et une trentaine d’hélicoptères Apache, qui y porteraient à 10 000 les troupes au sol de la coalition. En attendant, selon le journal saoudien Asharq Al-Awsat, quelque 6000 soldats soudanais et un nombre non précisé de militaires égyptiens sont sur les rangs.

Les monarchies du Golfe ont longtemps dépensé des fortunes pour acquérir des armements qu’elles n’utilisaient jamais, sûres d’être parfaitement protégées par leur allié américain. Mais les temps ont changé. Ces dictatures ont perdu de leur assurance face aux aspirations démocratiques dont ont témoigné les printemps arabes, aux tentations révolutionnaires des groupes djihadistes et aux velléités de désengagement des Etats-Unis. Elles se sont par conséquent décidées à prendre davantage en main leur défense. Un tournant stratégique.

L’aventure yéménite n’est pas la première du genre. Avant elle, en 2011, les armées saoudienne et émiratie sont déjà intervenues ensemble au Bahreïn pour écraser un vaste soulèvement populaire contre la dynastie locale des Al-Khalifa. Depuis, elles ont multiplié les exercices militaires conjoints, dans le but de créer une coalition sunnite capable de défendre l’ordre établi dans le Golfe avec une aide réduite des Etats-Unis. La grande nouveauté actuelle est l’élargissement de cette alliance au Qatar, qui avait fait cavalier seul à plusieurs reprises ces dernières années, notamment en Egypte et en Libye, jusqu’à s’opposer à ses voisins.

Les monarchies du Golfe manquent encore de moyens humains pour mener en toute indépendance de grandes aventures militaires – au Yémen, elles dépendent des Etats-Unis pour le renseignement. Mais elles apprennent vite. Les Emirats ont ainsi accumulé une vaste expérience durant la décennie écoulée, en envoyant leurs forces d’élite en Afghanistan. Au point que, selon le Wall Street Journal, certains officiels américains considèrent leur armée comme la meilleure du Moyen-Orient après celle d’Israël.

L’Arabie saoudite est de son côté à la traîne. Si son aviation est d’un bon niveau, son armée de terre reste mal entraînée. Mais son intervention au Yémen lui permet d’accumuler de l’expérience, ce qui devrait la rendre en toute logique plus performante. Et mieux à même de tenir tête à ses divers ennemis, à commencer par l’Iran.

L’armée des Emirats est la meilleure du Moyen-Orient après Tsahal, selon des officiels américains

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