Moyen-Orient

Pourquoi les pays du Golfe refusent les réfugiés syriens

Aucun réfugié syrien n’a été réinstallé dans les pays du Golfe. L’Arabie saoudite dénonce de «fausses accusations»

Pourquoi les pays du Golfe refusent les réfugiés syriens

Moyen-Orient Aucun réfugié n’a été réinstallé dans les pays du Golfe

L’Arabie saoudite dénonce de «fausses accusations»

La pression monte sur les Etats du Golfe pour qu’ils accueillent davantage de réfugiés syriens. Alors que les pays voisins de la Syrie atteignent leurs limites et que des milliers de Syriens tentent chaque jour de rejoindre l’Europe, l’Arabie saoudite, le Qatar ou les Emirats arabes unis financent généreusement les programmes d’assistance. Mais pas question d’alléger le fardeau de la Turquie, du Liban et de la Jordanie, qui hébergent les 90% des 4 millions de réfugiés syriens enregistrés par l’ONU. Selon le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), aucun des pays du Golfe n’a proposé de relocaliser sur son sol une partie de ces Syriens qui survivent dans des conditions de plus en plus dures. A ce jour, un peu plus de 100 000 places d’accueil ont été promises par des pays européens, mais aussi par les Etats-Unis, le Canada, l’Argentine ou le Brésil. Un chiffre qui ne suffira pas à empêcher les traversées de la Méditerranée.

Pourquoi les Etats du Golfe ne prennent-ils pas leur part? Ils figurent parmi les pays les plus riches du monde. Ils ont besoin de main-d’œuvre, qu’ils importent massivement d’Asie du Sud-Est, et les Syriens ont l’avantage de parler l’arabe.

En image. Travaillers étrangers durant une pause en Arabie Saoudite. Les pays du Golfe emploient une main d’oeuvre étrangère très nombreuse (Reuters)

Dimanche, l’Organisation de la coopération islamique a appelé tous les pays musulmans à faire preuve de davantage de «solidarité» et «d’ouvrir leurs portes aux réfugiés syriens». Lundi, le roi Salman d’Arabie saoudite sortait lui-même de sa réserve pour dénoncer «les fausses accusations» contre son pays. Le royaume a accueilli 2,5 millions de Syriens depuis le début de la guerre, a assuré le monarque. Les Emirats arabes unis font valoir que 250 000 Syriens résident dans le pays, dont 100 000 dont le permis de séjour a été prolongé depuis 2011.

Bataille des chiffres

Des chiffres que le HCR ne peut confirmer. L’agence onusienne n’a connaissance que de 7000 Syriens dans les pays du Golfe, soit le nombre de personnes qui ont sollicité son assistance auprès de ses bureaux en Arabie saoudite, au Koweït et dans les Emirats arabes unis. Elle estime toutefois leur nombre à plusieurs centaines de milliers. Même évaluation du côté de l’Organisation internationale pour les migrations, qui estime que l’Arabie saoudite serait le quatrième pays d’accueil, après la Turquie, la Jordanie et le Liban.

Le conditionnel est de mise, car l’Arabie saoudite ne reconnaît pas le statut de réfugié. Comme les autres pays du Golfe, elle n’a pas ratifié la Convention de 1951 qui oblige chaque pays à accorder l’asile aux personnes fuyant les conflits et les persécutions. «Les Syriens sont considérés comme des visiteurs et, depuis le début du conflit, ils ont la possibilité de prolonger leur visa. Nous n’avons pas attendu la crise des réfugiés en Europe pour agir. Pour nous, l’accueil est un devoir et nous ne voyions pas l’intérêt d’en faire la publicité», explique Faisal Bin Hassan Trad, l’ambassadeur saoudien auprès des Nations unies à Genève. «La plupart d’entre eux ont quitté l’Arabie saoudite pour aller s’installer ailleurs, comme en Europe, mais plusieurs centaines de milliers d’entre eux ont obtenu un permis de résidence. Nous n’avons expulsé personne», poursuit-il.

La peur d’un déséquilibre démographique

«Les chiffres présentés par les autorités saoudiennes sont contradictoires. Un jour, elles évoquent un demi-million de Syriens, un autre jour plusieurs millions», commente Nadim Houry, directeur adjoint de Human Rights Watch pour l’Afrique et le Moyen-Orient. «Les pays du Golfe doivent en faire davantage, dit-il. Actuellement, l’une des seules façons pour les Syriens de venir dans les pays du Golfe est d’avoir un contrat de travail. Les autorités doivent aussi faciliter la réunification familiale et accorder des permis humanitaires, même s’ils refusent le terme de réfugiés.»

Selon l’activiste, cette politique s’explique par la peur de ces pays de changer leur équilibre démographique. «Bien sûr, la majorité de la population du Golfe est étrangère. Mais les travailleurs migrants sont appelés à repartir après quelques années et leur permis est révocable à tout moment. Ce sont des sociétés très conservatrices qui craignent par-dessus tout les revendications», explique Nadim Houry.

Il se souvient d’une manifestation de la diaspora syrienne en 2011, juste après le soulèvement contre Bachar el-Assad, devant le consulat à Dubaï. Résultat: les autorités émiraties avaient expulsé des dizaines de protestataires.

«Nous n’avons pas attendu la crise des migrants en Europe pour agir. Mais sans faire de publicité»

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