Après avoir été exilé au Costa Rica par l’armée de son pays, l’ancien président du Honduras Manuel Zelaya s’est rendu dimanche au Nicaragua pour un sommet extraordinaire des pays de l’Alternative bolivarienne pour les Amériques (Alba), bloc anti-libéral fondé par le Venezuela et Cuba, dont il a reçu le soutien.

Hugo Chavez a appelé les gouvernements d’Amérique Latine à ne pas se limiter à des déclarations. «Il faut leur donner une leçon […] nous ne pouvons permettre un retour à l’âge des cavernes», a-t-il dit assurant que le Venezuela, son peuple et ses forces armées étaient solidaires du Honduras. Le président vénézuélien a toutefois nié des informations faisant état d’une mobilisation de troupes. «Ca suffit […] ce coup d’Etat doit échouer», a-t-il lancé dans son discours durant le sommet.

La réunion extraordinaire de l’Alba, qui s’est tenue dans un hôtel de Managua, s’est terminée dimanche soir en reconnaissant la légitimité du président évincé Manuel Zelaya. «Le président légitime du Honduras est le président Manuel Zelaya, il n’y a pas de doute», a déclaré le président du Nicaragua, Daniel Ortega, hôte de la réunion.

Ce qui est arrivé au Honduras est «un acte de désespoir» de l’oligarchie et des dirigeants de l’armée du Honduras, a estimé de son côté le président équatorien Rafael Correa, dont le pays est également membre de l’Alba.

Dimanche, le président du Congrès hondurien, Roberto Micheletti, a été désigné nouveau chef de l’Etat par le Parlement, et a décrété un couvre-feu de 48 heures. L’armée n’a pas commis de «coup d’Etat», a affirmé Roberto Micheletti au cours d’une conférence de presse. Les militaires se sont limités à «exécuter une décision de justice», prononcée parce que Manuel Zelaya «enfreignait les lois du pays», a-t-il expliqué. La Cour suprême du Honduras avait auparavant jugé illégale la consultation populaire que le chef de l’Etat, élu pour un mandat de quatre ans non renouvelable, voulait organiser dimanche pour ouvrir la voie à une révision de la Constitution lui permettant de briguer un deuxième mandat le 29 novembre.

A Tegucigalpa, des centaines de manifestants ont réclamé le retour de Manuel Zeleya devant le palais présidentiel, entouré par des dizaines de soldats et des chars. Les retransmissions des chaînes de télévision et de radio ont été interrompues, l’aéroport international a été fermé, l’électricité et les communications ont été coupées dans la capitale.

Huit des ministres de Manuel Zelaya ont aussi été arrêtés par les forces armées du Honduras. L’ambassadeur de Cuba au Honduras, Juan Carlos Hernandez, a déclaré avoir été brièvement arrêté et frappé par des militaires, alors qu’il essayait de protéger la ministre hondurienne des Affaires étrangères, Patricia Rodas, avec l’aide de ses homologues du Venezuela et du Nicaragua. Patricia Rodas, dont on était sans nouvelles depuis l’intervention militaire, a trouvé refuge au Mexique, a indiqué Daniel Ortega dimanche soir. Après l’agression de son ambassadeur au Honduras, Hugo Chavez a menacé «d’agir, y compris militairement».

Le président américain Barack Obama s’était précédemment dit «profondément préoccupé» par la situation au Honduras et sa secrétaire d’Etat Hillary Clinton avait condamné des actions qui «violent les principes de la Charte démocratique interaméricaine». L’assemblée générale des Nations unies se réunira en urgence aujourd’hui pour examiner la situation politique dans le pays, et le secrétaire de l’ONU, Ban Ki-moon, a d’ores et déjà demandé que le président Zelaya soit rétabli dans ses fonctions.

Partout dans le monde, les condamnations de cette éviction se sont multipliées et notamment dans les rangs de la gauche radicale latino-américaine, dont Manuel Zelaya s’était rapproché ces dernières années après avoir été élu en 2006 sous l’étiquette de conservateur.

Le Brésil, l’Union européenne, Londres ou encore Paris ont également condamné l’expulsion du président élu du Honduras. Le Groupe de Rio, dont le Honduras fait partie avec 22 autres pays latino-américains dont Cuba, dernier pays membre en date, a exprimé «sa condamnation la plus énergique».