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Le pays a résisté, mais ne s’est pas redressé

Le vote de dimanche sanctionnera d’abord le bilan du quinquennat de Nicolas Sarkozy

Pour se faire élire en 2007 avec 53,1% des voix, le président sortant avait promis une rupture et un changement pour tous, incarné par le célèbre «Travailler plus pour gagner plus». La réalité, à la veille du second tour, n’est, malheureusement pour lui, pas celle-ci. Certes, la France a plutôt bien résisté au choc de la crise financière mondiale et au séisme de la zone euro. Mais le pays se retrouve, à l’issue de son quinquennat, en situation de fragilité budgétaire accrue et de précarité sociale aggravée, sous la menace d’une récession évitée jusque-là de justesse.

Les chiffres d’abord. Ils ont été, lors du débat télévisé, l’occasion d’une longue passe d’armes. La dette publique, cruciale vu les pressions subies par la Grèce, l’Italie ou l’Espagne, atteint un record à 1717,3 milliards d’euros à la fin 2011 (86% du PIB) soit 496,2 milliards de plus qu’en 2007 et le double de juin 2002. Son évolution depuis fin 2006, il faut le noter, est toutefois comparable à la moyenne de la zone euro.

La vraie détérioration de l’économie française, et de sa compétitivité, se lit en revanche dans le creusement de son déficit commercial. Lequel a atteint, en 2011, le niveau record de 69,6 milliards d’euros, apogée là aussi d’une tendance constante depuis 2000. Une plongée aggravée par la facture énergétique.

Quel héritage?

L’autre baromètre qui ne trompe pas, surtout si on fait la comparaison avec l’Allemagne, est la croissance: 3,1% en 2011 pour Berlin contre 1,7% pour Paris (3,6% contre 1,4% en 2010). Avec, à la clé, la fameuse perte du triple A en janvier 2012, après la dégradation par Standard & Poors. Seule consolation: l’Hexagone n’a pas connu de récession (contraction du PIB pendant au moins deux trimestres consécutifs) depuis 2009, alors que les Pays-Bas, la Belgique ou le Royaume-Uni (cette année) n’ont pas pu l’éviter.

L’héritage sarkozyste ensuite. Le chef de l’Etat sortant tire grande gloire de sa réforme des retraites promulguée en novembre 2010 – dont la principale mesure est le passage de 60 à 62 ans pour l’âge minimal de départ en retraite – après des semaines de convulsions sociales. Ses partisans se félicitent aussi de l’adoption, dès l’automne 2008, du statut d’auto-entrepreneur, mesure phare de la loi de modernisation de l’économie. Ce qui a entraîné, en 2010, une explosion du nombre de création d’entreprises (plus de 600 000, dont 57% individuelles).

Autres mesures symboles: l’instauration d’un service minimum dans les transports en cas de grève (août 2007), la limitation du nombre de mandats présidentiels à deux consécutifs (juillet 2008); la suppression de la publicité sur la télévision publique (mars 2009) ou l’adoption de la loi Hadopi pour sanctionner le téléchargement illégal (septembre 2009).

Pourquoi alors ce sentiment d’échec? Le creusement du chômage est le facteur le plus souvent cité. La personnalité du président et le rejet qu’il suscite arrivent juste derrière. Suit le sentiment croissant d’inégalité, illustré par les attaques au pilori de la gauche sur les niches fiscales concédées au début de son quinquennat, puis progressivement écornées pour raison de déficit budgétaire. Un rapport de 6000 pages de l’inspection générale des finances, publié en août 2011, dressait pourtant un verdict imparable, estimant que 50% au moins de ces avantages fiscaux sont «peu efficaces». Les seules créditées d’une bonne note étaient les allégements d’impôts sur les bas salaires et le crédit «impôt-recherche» accordé aux entreprises innovantes. Pas de quoi, toutefois, faire oublier l’impact désastreux de l’affaire Bettencourt et les accusations, portées avec succès par la gauche, puis par François Hollande au cours de la campagne, contre «le président des riches».

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