Les violences ethniques se sont poursuivies dans le sud du Kirghizistan dans la nuit de vendredi à samedi, alors que le bilan est passé à 65morts et 850 blessés malgré l’état d’urgence et un couvre-feu décrétés par le gouvernement provisoire kirghize dans la ville d’Och, et les districts voisins et à toute la région de Djalal-Abad. «Les échanges de tirs se poursuivent, on peut les entendre partout, plusieurs immeubles sont en flammes, les gens sont effrayés», a déclaré à la télévision nationale un responsable du gouvernement provisoire Azimbek Beknazarov, qui s’est rendu dans la région, en qualifiant la situation de «très difficile».«Les autorités seront reconnaissantes envers tous les volontaires qui sont prêts à aider à prévenir la guerre civile dans le sud du Kirghizistan», a déclaré Azimbek Beknazarov.

«Les policiers et les militaires déployés sur place tombent déjà de fatigue, ils dorment sur les routes qu’ils surveillent (...). Nous n’aurons pas assez de forces (pour assurer la sécurité, ndlr) dans les deux jours à venir, si on n’a pas d’aide supplémentaire», a-t-il affirmé. Les autorités ont déclaré vendredi soir craindre une détérioration de la situation à Och, la présidente par intérim, Rosa Otounbaïeva, ayant jugé «indispensable» d’y envoyer des médecins et des renforts pour «maintenir l’ordre».

Des affrontements, ponctués d’échanges de tirs, entre des groupes de jeunes ouzbeks et kirghizs ont éclaté dans la nuit de jeudi à vendredi et s’étaient poursuivis dans la journée à Och et dans des districts voisins. Ces violences auraient pour origine une bagarre entre ressortissants des deux ethnies. Par ailleurs, des centaines de manifestants, souhaitant se rendre à Och, se sont rassemblés vendredi soir dans le centre de Bichkek, près des locaux de la télévision nationale, en réclamant qu’on leur donne la parole.

Selon l’agence KABAR, d’autres groupes de manifestants ont attaqué des automobilistes à Bichkek, en s’emparant de leurs voitures pour se rendre à Och. Selon un responsable médical de Bichkek, 27 personnes ont été blessées dans la nuit au cours de ces troubles dans la capitale kirghize.

L’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW), basée à New York, a appelé la communauté internationale à soutenir le gouvernement du Kirghizistan afin d’empêcher que les troubles ethniques ne dégénèrent. «Il n’y a pas de temps à perdre», a lancé Andrea Berg, chargée de l’Asie centrale à HRW depuis Och.

La stabilité du Kirghizistan est primordiale, notamment pour la Russie et les Etats-Unis qui y disposent de bases militaires, dont une essentielle au déploiement des troupes américaines en Afghanistan. Depuis la révolution d’avril dernier, qui avait fait 87 morts et conduit à la chute du régime du président Kourmanbek Bakiev, le Kirghizstan a connu plusieurs vagues de violences, signe que le nouveau pouvoir peine à contrôler la situation. Ces dernières violences interviennent à environ deux semaines d’un référendum pour l’adoption d’une nouvelle Constitution, prévu le 27 juin.