En 1939, le 17 novembre a marqué la première manifestation organisée à Prague contre l'occupation nazie et la mort d'un étudiant, Jan Opletal. En 1989, soixante ans plus tard – à une date à laquelle est toujours célébrée la Journée internationale des étudiants en souvenir de ce meurtre – avait lieu dans les rues de la capitale la première des manifestations qui allaient entraîner la chute du régime communiste.

Malgré des obstacles de taille comme le divorce tchécoslovaque en 1993, la démocratie tchèque a accompli en une quinzaine d'années des pas de géants. Mais les Tchèques ont parfois du mal à suivre. La population est aujourd'hui en grande majorité déçue par une scène politique nationale qui offre trop souvent un spectacle peu reluisant, fait de coups bas, d'intrigues et de pots-de-vin. Un député est même récemment passé au détecteur de mensonges dans le cadre d'une sombre affaire de corruption.

Les taux d'abstention enregistrés lors des derniers scrutins ont atteint de nouveaux records. Le week-end dernier, moins d'un électeur sur cinq est allé voter au deuxième tour des élections sénatoriales.

Remportées par l'opposition de droite, comme les élections européennes et les élections régionales précédentes, ce sont aussi et surtout les bons scores réalisés par le Parti communiste (KSCM) qui témoignent du malaise qui traverse la vie politique tchèque aujourd'hui. Le KSCM, seul parti communiste non réformé des pays de la région, a recueilli près de 20% des voix lors des trois dernières consultations nationales, devançant ainsi les sociaux-démocrates du jeune premier ministre Stanislav Gross. Un sondage repris par les plus grands quotidiens du pays révèle également qu'un Tchèque sur cinq souhaiterait revenir au système socialiste.

Les disparités qui existent au sein de la population, les écarts entre niveaux de vie qui se creusent, notamment entre générations et entre régions, sont les arguments le plus souvent évoqués pour expliquer ces paradoxes. Les différentes manifestations organisées en ce jour férié ne feront que les souligner. Tandis qu'un rassemblement se tient devant le siège du KSCM avec pour mot d'ordre «Stoppons les communistes», Vaclav Havel est reçu pour la cérémonie officielle à la Chambre des députés, qui compte pas moins de 41 élus du KSCM.

Emprisonné par le régime communiste, porté au pouvoir par le mouvement populaire qui débuta le 17 novembre 1989, l'ancien président de la République a juré la semaine dernière dans l'hebdomadaire Respekt qu'il ne s'investirait plus dans la politique nationale, qui semble le navrer. Il a toutefois indiqué qu'il préférerait que la Constitution européenne soit ratifiée par le parlement. Même si le chef du gouvernement actuel ne partage pas cet avis, la procédure du référendum n'est pas prévue par la jeune Constitution tchèque. La seule fois qu'un référendum a été organisé dans le pays – pour l'adhésion à l'UE – une loi spéciale a dû être adoptée par les députés.