Belle victoire, et sacré casse-tête pour le leader libéral néerlandais Mark Rutte, 43 ans. Comme prévu, celui-ci a pour la première fois depuis des décennies, conduit son parti (le VVD) à la victoire lors des législatives de mercredi aux Pays-Bas.

Les libéraux, qui avaient fait campagne sur une réduction drastique des déficits, un durcissement des lois sur l’immigration et une priorité absolue donnée à la compétitivité économique, obtiennent 31 sièges de députés sur les 150 en lice. Soit un de plus que les travaillistes emmenés par l’ancien maire d’Amsterdam Job Cohen, 62 ans dont la popularité dans les grandes villes du pays a permis d’enrayer la chute de sa formation. Les travaillistes n’ont en effet perdu que deux sièges alors qu’ils avaient subi une déroute aux élections européennes de juin 2009. Aucun parti n’obtient la majorité absolue pour gouverner seul.

Les travaillistes avaient provoqué ces élections anticipées, quatre ans après le scrutin du 22 novembre 2006, en refusant de prolonger le mandat des troupes néerlandaises en Afghanistan au-delà de leur retrait prévu, à partir du 1er août prochain. Ils avaient alors quitté le gouvernement centriste dirigé par le premier ministre Jan Peter Balkenende, au pouvoir depuis 2002 à la tête de coalitions successives.

Cette victoire des libéraux ouvre toutefois, à droite, un suspense de taille en raison de la forte poussée électorale du parti de la liberté (PVV) du leader populiste et islamophobe Geert Wilders. De neuf députés sortants, ce dernier passe à 24, confirmant son bon score obtenu lors des municipales de mars dernier. Or M. Wilders, véritable épouvantail pour toute une partie du centre droit et de la gauche en raison de ses diatribes contre l’islam – il doit comparaître à Amsterdam à l’automne pour incitation à la haine raciale – s’est dit dès la fin du scrutin prêt à faire des concessions pour entrer au gouvernement. Ce que n’a pas exclu M. Rutte, un ancien cadre d’Unilever dont le style moderne contraste avec la posture très classique de M. Balkenende.

En raison de la proportionnelle intégrale en vigueur, les Pays-Bas ont l’habitude des longues négociations pour former un gouvernement. Mais celles-ci seront en outre compliquées par le maintien des travaillistes, des écologistes (qui obtiennent 10 sièges contre 7) et du parti pro-européen D66 (10 sièges contre 3). La seule formation de gauche en net recul est le parti socialiste (gauche radicale) qui perd dix sièges. Un transfert des voix vers les Verts semble s’être opéré.

La donne politique néerlandaise de ces dernières années perd en tout cas son pilier: confronté à la déroute de son parti chrétien-démocrate (21 sièges contre 41), le premier ministre Jan-Peter Balkenende a aussitôt annoncé son retrait de la vie politique. M. Balkenende, un protestant austère de 54 ans à l’allure juvénile, un temps surnommé «Harry Potter» avait été pressenti à l’automne 2009 pour le poste de président du Conseil européen, obtenu par l’ancien chef du gouvernement belge Herman Van Rompuy. Son parti avait, dans le passé, gouverné avec les libéraux, mais il s’est en revanche toujours tenu à l’écart des harangues de Geert Wilders.

Au vu des chiffres, le choix des Libéraux, vainqueurs serrés du scrutin, semble donc être d’opter soit pour un gouvernement de droite dure, soit pour une nouvelle «grande coalition» avec les travaillistes qui pourraient, eux, avoir avantage à rester dans l’opposition. Compte tenu de l’agenda anti-immigrés très dur de M. Wilders, son arrivée au sein du gouvernement provoquerait à coup sûr des remous au sein de l’Union européenne et augmenterait les fractures déjà problématiques au sein de la société néerlandaise.