La Chine du XXIe siècle aura des fonctionnaires «dévoués, intègres, diligents, hautement qualifiés, spécialisés» et «ouverts à l'innovation». Bref, des fonctionnaires différents et capables de mener à bien l'ambitieux plan de modernisation du pays dessiné par le premier ministre Zhu Rongji. Le tsar des réformes chinoises a inauguré, lundi à Pékin, le congrès annuel de l'Assemblée nationale populaire (ANP), le parlement chinois, réuni jusqu'au 15 mars.

Le discours fleuve de 90 minutes du chef du gouvernement s'est focalisé sur un thème essentiel, la croissance économique, la dernière raison d'être d'un Parti communiste qui se refuse toujours à envisager la moindre réforme politique. Zhu Rongji a toutefois souligné les problèmes apparus ces dernières années: irrationalité de la structure industrielle, écarts des revenus, corruption, étalage de luxe, gaspillage, formalisme et bureaucratie. Les raisons en sont «fort complexes, cependant les défauts et les insuffisances existant dans notre travail en sont pour une bonne part responsables». Mais pour surmonter ces «contradictions sociales», la voie des réformes et de l'ouverture engagée par Deng Xiaoping est plus que jamais la bonne. Entre 1994 et l'an 2000, elle a permis de sortir de la pauvreté 80 millions d'habitants.

Les 2978 législateurs désignés par les instances locales du parti et censés représenter l'intérêt de l'ensemble des provinces chinoises se sont montrés diligents: ils ont applaudi à l'évocation de l'unité nationale retrouvée grâce au retour de Hongkong et Macao à la mère patrie en attendant le tour de Taïwan. Ils sont par contre restés silencieux quand Zhu Rongji a parlé de sévir contre la minorité de pratiquants criminels «de la secte satanique du Falungong».

Durant ces dix jours, l'ANP, le plus haut organe de l'Etat selon la Constitution chinoise, devrait pour l'essentiel enregistrer les décisions prises par le Parti communiste lors de son plénum de l'automne dernier. Elle va se pencher sur le Xe plan quinquennal et le rapport qu'en a fait le premier ministre. On s'attend toutefois à ce que les délégués se fassent l'écho de nombreuses préoccupations liées aux réformes économiques du pays. Pour la première fois, plus de 120 hauts responsables de l'Etat ont été priés de rester dans la capitale pour répondre, le cas échéant, aux critiques des législateurs. Autre fait nouveau, les caméras de la télévision centrale devraient retransmettre une partie des débats.

Ainsi, de nombreux «représentants du peuple» s'interrogent sur les mesures de création d'emplois pour combler la perte prévue de 40 à 45 millions de postes de travail dans les villes et de 40 millions dans les campagnes ces cinq prochaines années. Seule une très forte croissance économique pourrait éviter un accroissement du chômage. Or, dans son rapport, Zhu Rongji a annoncé une croissance d'environ 7% au cours des cinq prochaines années. Ce chiffre contraste avec les prévisions de différents ministères qui tablent sur une croissance de 8% comme l'an dernier. Il y a une semaine, une centaine d'économistes chinois ont pour leur part pronostiqué un produit national brut en hausse de 7,7% pour cette année.

Investissements massifs de l'Etat

Pour soutenir la croissance, la Chine va à nouveau compter sur des investissements massifs de l'Etat. L'ANP doit donner son aval à quatre projets gigantesques: la construction d'une ligne de chemin de fer vers le Tibet et d'un gazoduc entre la province occidentale du Xinjiang et Shanghai, le détournement des eaux du Yangzi vers le nord en voie de désertification et le transfert d'électricité de l'ouest du pays vers l'est.

A la veille de la réunion, le journal pro-Pékin de Hongkong Wen Wei Po a annoncé que le ministre des Réformes du secteur d'Etat, Sheng Huaren, devrait être remplacé par un proche de Zhu Rongji, Li Rongrong. Dans le camp des réformateurs toujours, un député de Pékin, l'homme d'affaires Cao Siyuan, a l'intention de faire circuler une pétition au sein de l'ANP pour amender la Constitution afin qu'elle reconnaisse enfin «le caractère inviolable de la propriété privée», un droit jusqu'ici uniquement accordé à la propriété publique.

Dans les coulisses, cette assemblée va surtout être le théâtre d'intenses marchandages politiques. L'échéance du XVIe Congrès du Parti communiste, prévu à l'automne 2002 avec un remaniement majeur du pouvoir, se rapproche. Le président Jiang Zemin, sur le départ, se bat pour placer deux de ses protégés: Li Changchun, comme vice-premier ministre, et Zeng Qinghong au sein du Comité permanent du Parti communiste.