Un cap national libéral pour 2022: tel est le choix de la majorité des 139 000 adhérents du parti de droite français Les Républicains pour la prochaine élection présidentielle. En désignant ce jeudi 2 décembre Valérie Pécresse et Eric Ciotti comme les deux finalistes de leur vote en ligne qui s’achèvera samedi 4 décembre – Ciotti en tête, et chacun avec un peu plus de 25% des suffrages – les sympathisants LR ont en effet opté pour deux personnalités au discours de rupture par rapport au pouvoir en place, sur les questions économiques et sur celle de l’immigration.

Restée plutôt discrète lors des quatre débats télévisés organisés depuis un mois entre les cinq candidats (Valérie Pécresse, Eric Ciotti, Michel Barnier, Xavier Bertrand et Philippe Juvin), la présidente de la région Ile-de-France – qui englobe Paris – avait martelé les thèmes brandis avec succès en 2017 par un certain… François Fillon: réduction impérative des déficits publics, baisse du nombre des fonctionnaires et report de l’âge de la retraite à 65 ans. Une «doxa» libérale que le député des Alpes-Maritimes avait lui aussi reprise à son compte, proposant notamment de revenir sur les 35 heures hebdomadaires et de réaliser 100 milliards d’euros d’économie budgétaire durant son quinquennat.

Voici donc réhabilité, avec ce tandem, un discours classique de droite pro-patronat et pro-secteur privé, très éloigné du «quoi qu’il en coûte» pratiqué par Emmanuel Macron depuis le début de la pandémie et largement crédité pour avoir soutenu à bout de bras l’économie française.

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L’autre option saluée par les adhérents est la dureté des propositions sécuritaires et anti-immigration. Le champion en la matière, Eric Ciotti, a même proposé un «Guantanamo à la française» en référence au centre de détention américain situé sur l’île de Cuba, et la fin des aides françaises à l’Algérie si ce pays n’accepte pas le retour de ses immigrants illégaux. Pas étonnant puisque le député méridional, tenant d’une ligne proche de l’extrême droite, n’a jamais caché sa sympathie pour les thèses d’Eric Zemmour.

Valérie Pécresse s’est pour sa part concentrée sur des réformes institutionnelles, préconisant de modifier la Constitution par référendum pour «reprendre le contrôle de notre destin et la souveraineté de nos frontières». Elle défend aussi l’idée d’instaurer des quotas pour les visas et les titres de séjour.

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Ce cap national libéral est, dans le style, assez conforme à la forte droitisation de l’électorat conservateur français qui avait valu, voici cinq ans, à François Fillon de remporter la primaire ouverte contre Alain Juppé.

Deux éléments surprise se sont néanmoins invités dans ce scrutin interne. Le premier est la carte féminine jouée avec succès par Valérie Pécresse, qui prétend depuis son entrée en lice être la seule femme politique capable de battre Emmanuel Macron – Marine Le Pen étant présumée battue au second tour par le président sortant. Le second est la volonté de nouveauté. Eric Ciotti n’est pas un nouveau venu sur la scène politique française. Mais il n’a jusque-là jamais joué les premiers rôles. Les deux «favoris» des sondages, l’ancien négociateur du Brexit Michel Barnier (3e) et le président de la région des Hauts-de-France Xavier Bertrand (4e), ont sans doute été perçus comme trop «amortis» même s’ils s’étaient engagés eux aussi à des réformes importantes, en particulier sur le front de la lutte contre l’immigration. Bertrand, qui s’était lancé dans la course présidentielle dès le printemps, avec la promesse alors de ne pas participer à une primaire, est le grand perdant de ce scrutin.

Autre enseignement enfin: la ligne plus «sociale» et centriste du cinquième homme, le médecin Philippe Juvin, n’a guère été suivie, avec à peine 4% des voix.

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Il faut néanmoins, pour bien comprendre ce scrutin et en tirer les bonnes leçons, se souvenir que la région Ile-de-France et la fédération des Alpes-Maritimes ont été, ces dernières semaines, les plus gros pourvoyeurs de nouveaux encartés du parti LR, dont le nombre d’adhérents a bondi d’environ 80 000 à 139 000. Valérie Pécresse et Eric Ciotti ont, en somme, pu compter sur des troupes mobilisées, ce qui rend leur duel du second tour difficile à anticiper.

La première a reçu le soutien de Xavier Bertrand, Michel Barnier et Philippe Juvin dans les minutes qui ont suivi l’annonce de sa qualification, ce qui lui confère un réel avantage. Le second a pour lui la dynamique qu’il a su créer, puisqu’il était l’outsider et qu’il peut espérer constituer une alternative aux plus droitiers des votants, une sorte d’Eric Zemmour version LR.

Il est très peu probable en revanche que les deux candidats finalistes opèrent un quelconque recentrage d’ici au vote de samedi. Le centre droit, terrain naturel de Michel Barnier, se retrouve sans surprise disponible pour l’offensive politique de celui qui n’est pas encore candidat, mais dont l’entourage va disséquer chaque détail de ce vote LR: Emmanuel Macron. Avec l’aide de ses alliés, transfuges de la droite: l’ancien premier ministre Edouard Philippe, le ministre des Finances Bruno Le Maire et celui de l’Intérieur Gérald Darmanin.

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