Dans sa lettre pastorale aux catholiques d’Irlande, publiée samedi, Benoît XVI a exprimé sa honte et son remords concernant les abus sexuels commis par des membres du clergé sur des mineurs. Il a dénoncé la gravité des erreurs perpétrées par les évêques irlandais dans le traitement de ces affaires. Il a jeté l’opprobre sur les prêtres et les religieux responsables des abus, qui devront répondre de leurs actes non seulement «devant Dieu», mais aussi devant «les tribunaux constitués à cet effet». Il a dénoncé «une tendance dans la société à favoriser le clergé et d’autres figures d’autorité, ainsi qu’une préoccupation déplacée pour la réputation de l’Eglise et pour éviter les scandales». Enfin, il s’est emporté contre la non-application des normes du droit canonique concernant les crimes sexuels.

Rien n’y a fait. Les victimes sont déçues. En Irlande et aux Etats-Unis, des associations ont fustigé la lettre de Benoît XVI, jugée insuffisante à de nombreux égards. Le pape est «loin» d’avoir répondu aux attentes et aux préoccupations des victimes, a déclaré à l’AFP Maeve Lewis, directrice du groupe irlandais One in Four. Selon elle, le pape a manqué une occasion de s’expliquer sur la «politique délibérée de l’Eglise catholique au plus haut niveau pour protéger les délinquants sexuels». Elle a déploré le fait qu’il «néglige le rôle du Vatican» et «refuse encore d’admettre l’évidence».

Cette lettre relève «des aspirations plutôt que de la substance», a confié à l’AFP John Kelly, représentant du groupe de personnes abusées SOCA. D’après lui, le pape devrait donner des éclaircissements sur sa position concernant les sanctions à appliquer aux abuseurs. Benoît XVI est en effet resté assez flou sur cette question. «Pour résumer, la question fondamentale est: est-ce que les victimes sont susceptibles de se voir rendre justice grâce à ce que le pape a dit?» résume John Kelly. «Cette lettre reflète avant tout non pas le souci de protéger les enfants, mais celui de réintégrer des gens dans l’Eglise», s’est plaint Colm O’Gorman, directeur d’Amnesty International Irlande, qui fut lui-même victime d’abus sexuel dans le diocèse de Ferns.

«Seulement des mots»

La lettre du pape a également suscité des réactions aux Etats-Unis. L’organisation de défense des victimes de prêtres pédophiles, la SNAP, estime que Benoît XVI n’annonce pas d’actions décisives pour sanctionner les coupables et prévenir les abus. «Le pape envoie des mots quand on attend de lui qu’il agisse, explique un communiqué. Le pape laisse planer des risques alors qu’on a besoin de prévention. Le pape sanctionne le secret quand c’est de la vérité entière dont on a besoin. Et le pape ignore la souffrance et l’agonie alors qu’une vraie guérison – et pas seulement des mots – est nécessaire.»

Les «initiatives concrètes» proposées par Joseph Ratzinger pour affronter la situation ont paru insuffisantes. Benoît XVI invite en effet les Irlandais à offrir leur «jeûne», leur «prière», leur «lecture de la Sainte Ecriture» et leurs «œuvres de miséricorde pour obtenir la grâce de la guérison et du renouveau pour l’Eglise d’Irlande». Il recommande des «temps d’adoration eucharistique»: «A travers la prière fervente face à la présence réelle du Seigneur, vous pouvez accomplir la réparation pour les péchés d’abus qui ont fait tant de mal.» Il annonce en outre une visite apostolique dans plusieurs diocèses, et propose l’organisation d’une Mission au niveau national pour tous les évêques, les prêtres et les religieux afin qu’ils parviennent à une analyse plus profonde de leurs vocations respectives.