Une fuite de 50 000 numéros de téléphone révèle l’étendue d’une surveillance mondiale de journalistes, militants des droits de l’homme, universitaires, syndicalistes, opposants politiques, diplomates, hommes et de femmes politiques et plusieurs chefs d’Etat. Amorcée en 2016, cette vaste opération d’espionnage est orchestrée aussi bien par des services d’Etats que par des entités privées. Les 80 journalistes travaillant pour 17 médias différents* qui ont remonté le fil de cette affaire dévoilent la portée de cette action et dénoncent l’absence de sanctions à l’encontre de son fournisseur: NSO Group. Le secrétaire général de Reporters sans frontières, Christophe Deloire, signale par voie de communiqué que l'organisation mettra «tout en œuvre pour que l'entreprise NSO soit condamnée pour les forfaits dont elle se rend coupable et les tragédies qu’elle rend possibles.»

Un simple appel en absence

Le logiciel espion développé par l’entreprise israélienne spécialisée dans la sécurité informatique est bien entendu installé dans les smartphones des personnes ciblées à leur insu; mais surtout, il ne nécessite aucune manipulation de leur part. «Aucun lien à cliquer ni document à ouvrir, l’attaque est totalement invisible, note Forbidden Stories, une association à but non-lucratif qui rassemble un consortium de médias locaux et internationaux. «Une fois installé, Pegasus – le nom du logiciel espion en question – donne un accès total au téléphone, y compris aux messages échangés sur des applications chiffrées telles que WhatsApp, Signal ou Telegram, et permet même d’activer à distance le microphone et la caméra de l’appareil.» Celui-ci permet également d’accéder au carnet de contacts et aux données de localisation du téléphone.