Revue de presse

Pegida revigoré par la crise des migrants inquiète les éditorialistes

Le mouvement des Patriotes européens contre l'islamisation de l'occident a célébré un an d'existence hier dans les rues de Dresde, dans la tension, et sous le regard vigilant de milliers de contre-manifestants. Et des journalistes

C'est une photo qui secoue: une affiche affublant Angela Merkel d'un costume nazi, le signe de l'euro remplaçant la croix gammée sur l'épaule. On la retrouve sur les sites de certains journaux en ligne ce matin,  accompagnée du slogan qui retentissait dans les rues de la ville saxonne hier soir: «Merkel muss weg» - Merkel doit partir. Ne lui faites pas confiance: elle date en fait de la semaine dernière.

Les images officielles étaient plus léchées hier, plus consensuelles. Pas de potence en carton réservée à la chancelière et son vice-chancelier Sigmar Gabriel, ça c'était aussi la semaine dernière (et la justice est saisie).  Non, les vraies photos officielles d'hier montrent une place noire de monde, des bouquets de fleurs pour Lutz Bachman, l'un des fondateurs de Pegida, qui célébrait hier sa première année d'existence:  les journaux sont pleins d'un anniversaire impossible à occulter.

Le Spiegel avait dépêché un reporter sur place, qui raconte comment le fondateur de Pegida n'a évoqué qu'une seule fois, en la dénonçant avec indignation, l'attaque au couteau dont a été victime samedi une candidate à la mairie de Cologne engagée dans l'aide aux réfugiés, Henriette Rekke - finalement élue ce dimanche. «Bachmann réfute que Pegida ait ouvert la voie à ce type d'attaque, et appelle au pacifisme - pourtant les slogans, les bannières des manifestants, leurs signes, rien n'était pacifique» écrit le journaliste. Pour Bachmann, «c'est le ministre de l'Intérieur Thomas de Mazières qui incite à la haine, en qualifiant les partisans de Pegida d' «extrémistes de droite durs». A chacune de ses attaques, la foule réagit en hurlant - «Traitre!». Le deuxième mot de la soirée semblant «Résistance» - aux élites, à l'islamisation, à l'étranger. Le Spiegel propose une galerie photos de l'événement et raconte aussi comment des partis amis sont venus de l'étranger: un représentant de la Lega, des populistes de la République tchèque et de Pologne, et même Tommy Robinson, co-fondateur de l'«English Defense League». Mais «les grands noms tels que Marine Le Pen ou Geert Wilders ne sont pas venus». La manifestation était même suivie en direct par le site Français de souche, qui a consacré plusieurs articles à cet anniversaire. Pegida, une marque devenue internationale. 

«Bachmann était plus modéré que d'habitude», note de son côté la Frankfurter Allgemeine Zeitung, et cet anniversaire était «comme dans les familles, un peu longuet, notamment à cause des traductions des discours étrangers, qui ont pris du temps». Et il faisait froid. Lutzmann a salué l'Allemagne comme «le pays des poètes et des penseurs», citant Einstein, Dürer, Bach et Beethoven, et expliquant  qu'il voulait «protéger et défendre» cette culture. Dans la foule cependant on entendait «Résistance», «presse» de menteurs» et «Merkel dehors». Le journal note combien il est préoccupant que le le mouvement se radicalise et puisse mobiliser des milliers de personnes.

Un face-à-face tendu

La surprise est venue des contre-manifestants, plus nombreux qu'attendu, remarque le Handelsblatt parmi d'autres titres. Pendant trois heures, de 15.000 à 20.000 participants côté Pegida, contre de 15.000 à 19.000 contre-manifestants (la précision des chiffres étant un peu étonnante...), avec ce slogan - «Le coeur, pas le harcèlement» . La situation tendue devait être gérée par 2000 policiers, et il y a eu des cris, des pétards, et des affrontements en fin de soirée, tandis qu'il y a eu un blessé grave, un manifestant de Pegida roué de coups alors qu'il se rendait à la manifestation. Les mouvements «Gida» mobilisent les services secrets, mais aussi dans l'opposition, et «plusieurs membres du gouvernement de Saxe ont participé à des contre-manifestations» écrit le journal économique. 

Plusieurs titres reprennent ce matin  une dépêche de l'agence de presse allemande dpa citant le soulagement du ministre fédéral de la Justice Heiko Maas, devant l'importance des contre-manifestants. «L'Allemagne est plus colorée que les prophètes de malheur de Pegida veulent faire croire». Un compte Twitter @BuntesDresden est né, avec un hashtag #IchbinDresden

Autre réaction officielle, celle du vice-chancelier Sigmar Gabriel, qui a aussi condamné le mouvement en termes non équivoques, cités dans Die Zeit: «Pegida est devenu un parti populiste de droite et radical». Au début il considérait Pegida comme un «réservoir non structuré de citoyens frustrés», maintenant il est devenu «le réservoir de la xénophobie raciste... et le bras prolongé et brutal de l'AFD et du NPD», deux formations ouvertement xénophobes et pronazies. Des néonazis se glissent parmi les membres de Pegida, vont-ils faire régner une nouvelle menace brune, fait mine de s'interroger le Bild. Les experts de l'anti-terrorisme s'inquiètent. 

«La haine d'en haut, la haine de l'étranger» thématise le Spiegel. Pour Gabriel, interrogé dans la Süddeutsche Zeitung, Pegida est devenu un parti de «pyromanes» qui utilise les concepts du NSDAP, le parti hitlérien de la République de Weimar.

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