Le mouvement Pegida tente une percée risquée en Autriche

Rassemblement islamophobe prévu ce soir à Vienne

Après l’euphorie des premiers mois, le mouvement islamophobe qui agite l’Allemagne semble s’essouffler (nombre de participants en forte baisse et départs en série de ses chefs de file). Qu’importe, un peu partout en Europe, les clones de Pegida (acronyme pour Patriotes européens contre l’islamisation de l’Occident) fleurissent. Après la Norvège et le Danemark et avant un premier défilé suisse prévu à Zurich le 16 février prochain, les partisans du mouvement défileront ce lundi soir à Vienne. Sur le papier, la capitale autrichienne semblait être un terreau fertile. Sur Facebook, Pegida Österreich revendique déjà plus de 11 000 membres. Pas sûr pour autant que cela se traduise par une forte affluence ce soir. La greffe est en effet loin d’être assurée tant les paysages politiques autrichien et allemand sont différents.

Sur les terres du FPÖ

Allié naturel de Pegida, le FPÖ, principale formation d’extrême droite autrichienne, regarde avec circonspection l’arrivée de ce mouvement populiste né en dehors de toute structure politique. Tant qu’il restait cantonné à l’Allemagne, le patron du FPÖ, Heinz-Christian Strache, n’avait pas de mots assez forts pour saluer les manifestants de Dresde. «Nous ne laisserons pas islamiser l’Europe chrétienne occidentale, et c’est pourquoi je suis de tout cœur avec Pegida, parce que ce sont nos frères et nos sœurs», déclarait-il sous les applaudissements lors de ses vœux pour l’année 2015.

Pourtant, le leader de l’extrême droite a très tôt annoncé qu’il ne serait pas aux côtés des manifestants ce soir. Pour lui, Pegida doit son succès en Allemagne au fait que les revendications de ses partisans ne sont pas prises au sérieux par les partis politiques officiels. Alors qu’en Autriche sa formation parle de «l’islamisation» et de «l’immigration de masse» depuis des années. Surtout, Heinz-Christian Strache ne veut pas prendre le risque politique d’être associé à une manifestation à laquelle pourraient participer des hooligans d’extrême droite connus pour leur violence.

Le porte-parole de Pegida Autriche, Georg Immanuel Nagel, est un journaliste indépendant de 28 ans, proche des identitaires. Pour essayer de mobiliser le grand public, il a publié un document vendredi, où il évoque la nécessité de mettre en place «des politiques migratoires raisonnables» et de «redéfinir le droit d’asile». Dans ses écrits antérieurs, il parlait de l’immigration en des termes moins choisis. Dans un de ces textes, il évoque par exemple une «stratégie» supposée des musulmans européens de pratiquer un «djihad des naissances».

Quelle mobilisation?

Le succès ou l’échec de la manifestation de lundi dépendra aussi de la capacité des organisateurs à dépasser le manque d’enthousiasme des Autrichiens pour les manifestations. D’ailleurs, le mot n’est jamais employé, remplacé par celui, plus consensuel, de «promenade». Lorsqu’à l’automne la branche viennoise du FPÖ a tenté de mobiliser les foules contre l’ouverture d’un centre de formation des imams, elle a peiné à rassembler 250 personnes. Enfin, cette marche a lieu trois jours à peine après que des manifestations de grande ampleur ont agité la capitale. Plus de 5000 manifestants sont descendus dans la rue vendredi soir pour protester contre la tenue du bal de ­l’extrême droite. L’événement a mobilisé 2500 policiers et suscité quelques débordements. Vendredi soir, beaucoup de participants se disaient prêts à manifester à nouveau contre Pegida ce soir. En cette période de vacances scolaires, les Viennois n’ont aucune envie de voir à nouveau la foule envahir les rues, peu importent les slogans qu’elle entonnera.