Six semaines après son arrivée à Genève, le nouveau Haut-commissaire aux droits de l’homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, va devoir procéder à des coupes dans son budget, «probablement dans le personnel et les programmes». Pour l’année 2014, il manque en effet 25 millions de dollars dans les caisses du Haut-commissariat aux droits de l’homme, soit 10% de son budget annuel, a annoncé le Jordanien, pour sa première conférence de presse dans ses nouvelles fonctions.

«Je dois dire que je suis choqué», a-t-il dit. «Car les droits de l’homme sont soumis à une pression qui n’avait pas été aussi forte depuis longtemps.» Il a particulièrement insisté sur «deux crises monumentales»: l’épidémie d’Ebola et les atrocités commises par l’Etat islamique en Irak et en Syrie. Deux pays qui lui sont intimement liés, puisque sa famille y avait régné avant le renversement de la monarchie. L’Etat islamique est «l’antithèses des droits de l’homme». «Il n’épargne personne, ni les femmes, ni les enfants, ni les personnes âgées, ni les malades, ni les blessés. C’est un mouvement diabolique et potentiellement génocidaire», a-t-il mis en garde.

Concernant Ebola, le Haut-commissaire a estimé que son organisation aurait à s’en mêler. «Il faut faire attention aux stéréotypes. Tous les malades doivent être traités avec dignité, ne pas être stigmatisés et rejetés.» Le Haut-commissariat rédige aussi «des recommandations sur les quarantaines. Car, si elles sont imposées inconsidérément, elles peuvent violer les droits de l’homme et ainsi accélérer la propagation de la maladie», a estimé Zeid Ra’ad Al Hussein.

Chocolat et droits de l’homme

Le Haut-commissariat aux droits de l’homme assume toujours plus de tâches. A la demande des Etats, qui composent le Conseil des droits de l’homme dont le Haut-commissariat assure le secrétariat, les missions d’enquête se multiplient. Mais l’instance ne reçoit que 3% du budget total de l’ONU, soit 87 millions de dollars par an. «C’est dix fois moins que ce que dépensent les Suisses et les étrangers qui vivent dans ce pays pour s’acheter du chocolat», pointe Zeid Ra’ad Al Hussein. Il faudra davantage que l’entregent et l’humour du prince pour convaincre les Etats de mettre davantage la main à la poche. Au siège de l’ONU à New York, où les questions budgétaires se décident et où le Jordanien était ambassadeur avant de venir à Genève, l’ambiance est à l’austérité. Plusieurs Etats mènent toutefois campagne pour que le Haut-commissariat reçoive 5% du budget de l’ONU.