Apeine élu à la présidence de l'Etat d'Israël, Moshe Katzav a enfreint son devoir de réserve par des propos éminemment politiques. Et parce que ces paroles dénotent une coloration évidente elles ont provoqué des grincements de dents jusque dans le cercle des conseillers d'Ehud Barak. Le candidat victorieux du Likoud ne faisait pourtant que rappeler le credo de l'ensemble des formations de droite: «Jérusalem restera à jamais la capitale unifiée et éternelle d'Israël.» Cependant, vu les circonstances, cette prise de position peut apparaître comme une critique à peine voilée des concessions d'Ehud Barak au sommet de Camp David. Le premier ministre israélien y avait en effet accepté l'idée américaine d'un partage de la Vieille-Ville et des faubourgs de Jérusalem.

En prenant tout de suite le contre-pied de la politique gouvernementale, Moshe Katzav semble indiquer qu'il ne suivra pas la voie tracée par son prédécesseur le pacifiste Ezer Weizman. Il se présente comme un «rassembleur», mais il se veut surtout «le gardien des traditions». Moshe Katzav personnifie aussi le second Israël, il s'identifie en effet aux masses populaires d'origine orientale dont lui-même est issu.

Moshe Katzav, cet illustre inconnu, est né en Iran il y a cinquante-cinq ans. Il a 6 ans quand ses parents s'installent en terre promise. Le petit Moshe va connaître la misère dans un camp de toiles pour nouveaux immigrants. Il n'oubliera jamais ces années sombres et dures. Mais il prend son destin en main pour gravir les échelons de la réussite sociale. Il devient maire de la petite ville de Kiriat Malakhi. Un gros bourg miné par le chômage, peuplé de nombreux originaires d'Iran. Moshe Katzav milite à la section locale du Likoud, avant de devenir député. Il a été ministre du Tourisme, ministre chargé des Affaires de la minorité arabe. Même au Likoud il passe pour professer des opinions modérées. Son affabilité est proverbiale. «C'est un brave homme», disent de lui des collègues qui ne sont pas forcément ses amis. Presque toujours le sourire aux lèvres, bonhomme, il a arpenté pendant plus d'une vingtaine d'années les couloirs et l'hémicycle de la Knesset, mais sans que son nom soit vraiment lié à un développement politique significatif ou un projet de loi majeur.

Moshe Katzav est le premier président d'origine iranienne. Dans l'Orient compliqué et bourré de paradoxes, l'Etat d'Israël place à sa tête un président capable de s'exprimer aussi bien en persan que les ayatollahs de Téhéran. Réagissant à la défaite de Shimon Peres à cette élection présidentielle, la députée travailliste Colette Avital ne put s'empêcher de constater sous l'emprise de la déception et de l'amertume: «C'est un vote ethnique!» Plusieurs commentateurs avancent également la thèse que l'élection de Katzav est due au vote des séfarades (orientaux) contre l'oligarchie ashkénaze (européenne). Quoi qu'il en soit, au Likoud, cette victoire inespérée a fait l'effet d'une divine surprise. Et Moshe Katzav qui y faisait figure de laissé-pour-compte prend soudain de l'importance, du poids politique. Il se trouve projeté sur le devant de la scène, à la grande surprise de la plupart des responsables du Likoud. Eux-mêmes ont encore bien du mal à croire que «Moshe» ait fait mordre la poussière au Prix Nobel de la paix Shimon Peres.