«Incontestablement, le mouvement abolitionniste a partout su gagner de l’ampleur», a affirmé la cheffe du Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE) à l’issue d’un congrès qui a réuni à Genève depuis mercredi quelque 1500 participants d’une centaine de pays. Elle a en même temps appelé à «se garder d’une dangereuse naïveté et d’un optimisme trop idéaliste». «Nous entrons maintenant dans la phase la plus délicate du chemin vers l’abolition mondiale», a-t-elle affirmé.

Redoubler d’efforts

«La terreur n’effraie que rarement les criminels. La peine de mort ne porte pas les fruits qu’elle est censée offrir à la société, mais de surcroît, elle nous fait bafouer l’humanité d’autrui et par là même perdre la nôtre», a souligné Mme Calmy-Rey.

Elle a appelé à redoubler d’efforts, car «le respect de la dignité humaine ne se sert pas à la carte». «La peine de mort n’apporte ni compensation, ni réparation, elle ne donne véritablement ni leçon ni exemple dissuasif et ne protège pas davantage la société», a déclaré la conseillère fédérale, très applaudie.

Se déclarant «personnellement émue», elle a estimé que le congrès de Genève peut être le coup d’envoi d’un engagement plus déterminé en faveur des droits humains. La Suisse s’engagera notamment pour que la résolution soumise cet automne à l’Assemblée générale de l’ONU pour un moratoire mondial bénéficie du plus large soutien.

Les participants ont tiré un bilan positif du congrès qui a vu s’élargir la mobilisation contre la peine capitale. Mercredi, le premier ministre espagnol José Luis Rodriguez Zapatero a fixé comme objectif un moratoire universel sur les exécutions en 2015 et annoncé la création d’une commission internationale.

Déclaration finale

Le congrès, organisé par l’association française Ensemble contre la peine de mort (ECPM) et la Coalition mondiale contre la peine de mort, a adopté une déclaration finale, transmise à la Haut Commissaire de l’ONU Navi Pillay.

Le texte constate «l’impérieuse nécessité d’intensifier les efforts» à tous les niveaux «pour continuer d’encourager les pays rétentionnistes à faire preuve de transparence dans leur pratique de la peine capitale, à réduire dans leurs codes pénaux le nombre de crimes passibles de la peine de mort, puis à rejoindre la communauté des pays abolitionnistes».

Il se réjouit de «l’engagement de la Suisse et de l’Espagne» et appelle les Etats abolitionnistes de fait à adopter des législations abolissant en droit la peine de mort. Il demande aux Etats de faire de l’abolition de la peine de mort «un axe majeur de leur politique de promotion des droits de l’homme» et aux associations des Etats rétentionnistes de développer des coalitions nationales et régionales.

Encore 58 pays dans le monde n’ont pas aboli la peine capitale. Plus de 90% des exécutions ont lieu dans cinq pays: la Chine (au moins 1700, selon Amnesty, beaucoup plus selon d’autres sources), l’Iran (346 en 2008), l’Arabie saoudite (102), les Etats-Unis (52 en 2009), le Pakistan (36 en 2008).