«Serpent venimeux», «démon». Chandrika Kumaratunga, la présidente du Sri Lanka, confirmée à ce poste le 22 décembre dernier, n'a pas de mots assez durs pour le chef des Tigres tamouls Vellupillai Prabhakaran. Des propos vindicatifs, tenus peu après sa réélection dans une longue intervention à la télévision nationale le 3 janvier. Et pourtant, la présidente a répété sans relâche que sa priorité demeure la paix avec les rebelles.

Jeudi, une violente explosion a secoué, Vavuniya, ville de garnison à plus de 200 km au nord-est de Colombo. Un colis piégé a tué 10 personnes et blessé plus de 40 autres. Parmi les victimes, de nombreux soldats gouvernementaux. L'attentat s'ajoute à la liste des attaques suicides meurtrières de ces dernières semaines. Des actions violentes qui paraissent se resserrer sur la personne de la présidente. Un attentat, le 5 janvier dernier, a visé sa propre mère, elle-même ancien chef de gouvernement. Quelques jours avant sa réélection, Chandrika Kumaratunga a presque perdu un œil dans une attaque suicide menée par les Tigres.

Ces attentats surviennent après les graves revers militaires subis en novembre dernier par l'armée gouvernementale. Les Tigres tiennent, depuis des années, le nord-est du pays et exigent la création d'un état autonome pour la minorité tamoule. Sur le terrain – on s'y bat depuis dix-sept ans – l'impasse est totale.

Reste donc une improbable solution négociée. Chandrika Kumaratunga – élue en 1994 – promettait de la trouver. Elle a été incapable de l'imposer tant à ses adversaires politiques qu'aux insurgés. Réélue, elle fait la même promesse tout en accusant tous ses partenaires – les Tigres bien sûr, mais aussi l'opposition sri lankaise, la presse et même les milieux économiques – de lui mettre les bâtons dans les roues. La présidente a demandé à la Norvège de venir «faciliter» les négociations. Mais Chandrika Kumaratunga, qui lors des élections a été boudée dans tous les districts tamouls, est aujourd'hui politiquement bien plus affaiblie qu'il y a six ans.