Voici Nicolas Sarkozy revenu. Comme on l'aime, ou comme on le déteste. Le nouveau gouvernement de Dominique de Villepin est nommé le mercredi 1er juin dernier. Il se retrouve au Ministère de l'intérieur, numéro 2 de Dominique de Villepin, mais en réalité numéro 1 bis puisqu'il continue d'occuper la présidence de l'UMP et reste le chef de la majorité malgré l'incompatibilité de la fonction ministérielle avec celle de président de parti décrétée le 14 juillet 2004 par Jacques Chirac.

Deux jours après sa nomination, Nicolas Sarkozy s'en va à Perpignan à la suite des violences entre communautés qui ont provoqué la mort d'un Franco-Algérien. Il clame: «On s'est beaucoup intéressé aux coupables, eh bien, moi, je veux qu'on donne maintenant la priorité aux victimes.» Il explique son retour au Ministère de l'intérieur: «Je suis là pour faire un travail et mon travail, c'est de débarrasser la France des voyous.» Il annonce la réapparition de la tolérance zéro: «Je n'accepterai rien, ce sera directement la case prison.»

Impression de déjà-entendu? Dès le mois de mai 2002, lorsqu'il accepte le poste de ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy court les banlieues chaudes et les commissariats, entouré d'une noria de caméras et d'appareils photo, en prononçant les mêmes phrases. Il ne semble nullement se soucier du fait que cette répétition laisse planer un doute sur l'efficacité de telles incantations. Il va même beaucoup plus loin.

A la suite du décès d'un enfant tué dimanche, à La Courneuve dans la banlieue parisienne, par une balle perdue tirée au cours d'une bataille entre bandes rivales, il promet de «nettoyer la cité au Karcher», et annonce une opération de police qui est menée le lendemain sans autre résultat tangible que le spectacle télévisé (les suspects en fuite auraient été arrêtés jeudi). Mercredi, on apprend que le meurtrier d'une jeune femme vient d'être arrêté et qu'il s'agit d'un homme qui a été mis en liberté conditionnelle. Nicolas Sarkozy demande au président de la République d'intervenir auprès du ministre de la Justice pour qu'il dise ce qu'il va «advenir du magistrat qui a osé remettre un monstre pareil en liberté conditionnelle».

Mercredi, à l'Assemblée nationale, il s'en prend à la gauche. «Je comprends pourquoi le peuple s'est détourné de vous, dit-il, parce que vous l'avez oublié: vous ne parlez pas comme lui, vous ne le comprenez pas, et vous ne tirez aucune conséquence de ce qu'il vit au quotidien! […] Nous allons faire reculer l'extrême droite, la pauvreté et la violence.» C'est le programme du candidat aux élections présidentielles de 2007.

Nicolas Sarkozy n'a pas accepté de revenir à un ministère qu'il a déjà occupé pour faire plaisir au président de la République. Dès sa nomination, son entourage laisse entendre qu'il n'est pas mécontent de reprendre le contrôle de services que son prédécesseur, Dominique de Villepin, aurait laissé mener des enquêtes à son sujet. A ce ministère, Nicolas Sarkozy dispose d'une tribune permanente. Il a aussi la main sur l'organisation des prochaines élections.

Mais il a un autre atout puisqu'il reste le chef de la majorité, qu'il contrôle l'appareil de l'UMP (donc sa force de frappe électorale) et qu'il est décidé à faire désigner le candidat à l'élection présidentielle par des militants qui lui sont dévoués. Sous sa casquette de l'UMP, il peut prendre ses distances avec la politiques sociale préconisée par le président de la République et suivie par le premier ministre. Il ne s'en prive pas. Il annonce la fin du modèle social français pour cause de décrépitude. Il lorgne du côté du social-libéralisme à la Tony Blair. Et semble se désintéresser de l'échec probable du énième plan pour l'emploi lancé par Dominique de Villepin.

Reste à expliquer ce que l'opposition considère comme de graves écarts de langage. Nicolas Sarkozy se souvient des 19% de suffrages de Jacques Chirac au premier tour des présidentielles de 2002. Il se souvient aussi des 4,5 millions de voix de Jean-Marie Le Pen. Et il sait qu'une partie des électeurs du centre droit se porteront en 2007 sur François Bayrou, qui est lui aussi candidat déclaré. Il applique la méthode – et le verbe, quoique de manière moins truculente – de celui qui l'a porté, avec Jacques Chirac, sur les fonts baptismaux de la politique, Charles Pasqua. Ce dernier a toujours proclamé que la droite devait faire revenir les électeurs de l'extrême droite dans son giron.

Voici donc un ministre président de parti moins soucieux des succès du gouvernement que d'une campagne commencée tambour battant à 21 mois du scrutin. Nicolas Sarkozy a déjà plusieurs coups d'avance sur ses adversaires. Des coups payés par le budget du ministère. Et qui ne seront pas décomptés sur les frais de la future campagne financée par l'Etat. Rien ne pourra l'arrêter. Sauf les électeurs, bien sûr.