Lorsque le radeau nord-coréen tangue, le protecteur chinois arrive toujours à la rescousse. Pékin a offert un joli cadeau d’anniversaire à Kim Jong-il, à l’occasion de ses 69 printemps célébrés mercredi en grande pompe par la dictature. Pour la première fois, l’Empire du Milieu a exprimé publiquement son appui au jeune Kim Jong-un, le fils héritier du «cher leader» désigné pour reprendre les rênes. Brisant son prudent silence observé jusqu’ici, la Chine a loué «l’heureuse solution trouvée à la question de la succession par la révolution coréenne» lors d’une visite à Pyongyang d’un envoyé spécial du président Hu Jintao. Le conseiller d’Etat Meng Jianzhu a salué publiquement le jeune héritier de 28 ans, propulsé au poste de vice-président de la Commission militaire centrale, l’organe clé du régime. Un geste qui fait office d’adoubement par le parrain chinois.

«Numéro deux»

Une annonce claironnée par les médias officiels qui ont transformé l’anniversaire de Kim Jong-il en plaidoyer pour la succession dynastique. Désormais, l’enjeu est de mettre en avant le «sang des Kim» pour mieux asseoir la légitimité du troisième fils sorti de l’ombre, il y a à peine six mois. Et réussir un pari jamais tenté dans l’histoire communiste: maintenir une famille au pouvoir sur trois générations.

En coulisse, le plan est sur les rails et progresse à grands pas. L’héritier, qui a étudié en Suisse, place ses hommes aux postes clés, à grands coups de purges. Après s’être assuré l’appui de l’armée, il tisse sa toile dans le Parti des travailleurs à qui il donne un lustre nouveau pour en faire un instrument à sa main. «Il est déjà de fait le numéro deux du régime. Mais il a besoin d’un appareil à son service pour compenser sa jeunesse», estime Cheong Seong Chang, du Sejong Institute.

Car le temps presse pour le petit prince rouge qui doit asseoir définitivement son autorité avant la disparition de son père, affaibli par la maladie et seule source de sa légitimité. «Les jeux sont loin d’êtres faits», estime le chef des renseignements américain James Clapper, dans un rapport au Congrès américain. «Le régime n’a jamais été aussi instable depuis 1950», ajoute Christopher Hill, le négociateur américain sur le nucléaire de l’administration Bush.

Misère du «paradis socialiste»

Car sur le plan intérieur, la dictature n’est plus en mesure de nourrir une population résignée dont les contacts croissants avec la Chine voisine lui ont ouvert les yeux sur la misère du «paradis socialiste». L’Etat est en mesure de nourrir seulement la population privilégiée de Pyongyang et l’armée soit à peine 20% des 23 millions d’habitants, calculent les experts. Le reste de la population doit survivre par ses propres moyens. Signe des temps, les habitants de la province du Nord-Hamkyung n’ont pas reçu les rations habituellement distribuées à l’occasion de l’anniversaire de Kim Jong-il, rapporte le site Daily NK, qui s’appuie sur des sources à l’intérieur du pays. Une impuissance qui mine l’autorité du régime. Conscient du danger, le pouvoir vient de demander une nouvelle aide de l’ONU dont une équipe est actuellement sur place pour examiner les besoins. Mais aux Etats-Unis, des voix se lèvent pour souligner le risque d’offrir une aide qui sera détournée au profit des élites.