La Chine et les Etats-Unis sont «au bord d'une nouvelle Guerre froide», a averti dimanche le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, déplorant le regain de tensions avec Washington autour de l'épidémie de Covid-19.

«Outre la dévastation causée par le nouveau coronavirus, un virus politique se propage aux États-Unis» a regretté devant la presse le chef de la diplomatie chinoise.

Des milliers de manifestants

Dimanche, la police anti-émeutes a tiré des lacrymogènes à Hong Kong, selon des journalistes de l'AFP. Les manifestants, dont le rassemblement n'avait pas été autorisé, défilaient entre les quartiers commerçants de Causeway Bay et Wanchai quand les grenades lacrymogènes ont été tirées. Au moins un protestataire a été arrêté.

Des milliers de personnes ont envahi dimanche les rues de Hong Kong pour dénoncer un projet de loi chinois selon eux liberticide, entraînant une vive riposte de la police anti-émeute, des scènes qui n'avaient plus été vues depuis des mois dans l'ex-colonie britannique.

Après des manifestations quasi quotidiennes l'an passé, la contestation avait pu paraître étouffée en raison de l'impératif de distanciation sociale lié à la lutte contre le coronavirus.

Un an de crise politique

Le projet de la Chine d'imposer à Hong Kong une loi sur la «sécurité nationale» ravive les tensions dans le territoire semi-autonome, qui a connu en 2019 sa pire crise politique depuis sa rétrocession à Pékin en 1997. Déposé le 22 mai, le texte vise à interdire «la trahison, la sécession, la sédition et la subversion» à Hong Kong, en réponse aux manifestations monstres de 2019.

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Entre juin et décembre 2019, l'ex-colonie britannique a été le théâtre d'un mouvement de contestation du pouvoir chinois sans précédent, avec des actions quasi quotidiennes pour dénoncer l'influence du pouvoir central, des manifestations monstres et de violents affrontements entre radicaux et policiers.

Née du rejet d'un projet de loi qui devait autoriser les extraditions vers la Chine continentale, et qui a depuis été abandonné, la contestation s'est muée très rapidement en un mouvement pro-démocratie réclamant plus de libertés.

Cette agitation, qui a également stimulé un courant militant pour l'auto-détermination voire l'indépendance de la région, est confortée par le triomphe en novembre des "pro-démocratie" aux élections locales.

Présentant la contestation comme un complot étranger visant à déstabiliser le pouvoir central, la Chine s'est montrée inflexible face aux aspirations des Hongkongais, ne cédant pas à leurs demandes d'élections libres, d'enquête sur les violences policières ou d'amnistie pour les 8.300 personnes depuis juin 2019.

Un des premiers territoires victimes du Covid-19

Hong Kong a été en janvier, après la Chine, un des premiers territoires touchés par l'épidémie de coronavirus. En dépit de sa très grande proximité avec la Chine continentale, l'ex-colonie britannique ne totalise qu'un millier de cas, et quatre décès dus au Covid-19.

S'il n'est pas allé jusqu'à ordonner le confinement de la population, l'exécutif local a pris des mesures drastiques pour juguler l'épidémie en interdisant notamment les rassemblements en public à plus de quatre.

Cela a eu pour conséquence l'arrêt total des manifestations pro-démocratie, qui est aussi le résultat d'un essoufflement du mouvement lié aux arrestations massives dans ses rangs.

En mai, l'exécutif assouplit légèrement les restrictions de rassemblement, en autorisant les rassemblements jusqu'à huit personnes.

Pas de commémoration de Tiananmen

Mais ces restrictions sont reconduites jusqu'au 4 juin au moins, ce qui signifie que, pour la première fois depuis 30 ans, les Hongkongais ne devraient pas être en mesure de commémorer la répression de Tiananmen, le 4 juin 1989 à Pékin.

La tension remonte avec l'arrestation le 18 avril de 15 personnalités du mouvement pro-démocratie, toutes modérées, pour leur implication dans les manifestations de 2019.

La crise est également relancée par une controverse constitutionnelle, partie d'un communiqué du Bureau de liaison - bras du gouvernement central à Hong Kong - laissant entendre que l'obstruction menée depuis octobre par l'opposition au Conseil législatif ("LegCo", le Parlement hongkongais) pourrait leur valoir des poursuites.

Le 8 mai, des heurts opposent des députés pro-démocratie et pro-Pékin à l'intérieur du LegCo au sujet d'un projet de loi réprimant l'outrage à l'hymne national chinois.

Le 18, le projet provoque une nouvelle journée chaotique au Parlement, alors que plusieurs figures de l'opposition sont inculpées pour leur rôle dans les manifestations de 2019.