A67 ans, Tung Chee-hwa était pourtant parvenu à créer l'unanimité contre sa personne. Que ce soit dans le camp des démocrates hongkongais, celui des entrepreneurs pro-Pékin, ou au sein du Parti communiste chinois, tout le monde était finalement tombé d'accord pour dire que le premier gouverneur post-colonial de Hongkong était un incapable. Fallait-il pour autant le limoger? Après les rumeurs, la presse hongkongaise a finalement annoncé mercredi le départ de l'«homme de Pékin» avant la fin du mois. Si le PC chinois et Tung Chee-hwa devraient sauver la face dans l'opération, les démocrates ont à nouveau l'impression d'être les victimes d'une manœuvre politique.

Même si l'information n'a pas été officiellement confirmée, il ne fait guère de doute qu'une page peu glorieuse de l'histoire hongkongaise se tourne. Tung Chee-hwa a été propulsé, un peu contre son gré dit-on, à la tête de Hongkong au moment de la rétrocession du territoire par la Grande-Bretagne à la Chine le 1er juillet 1997. Patriote affirmé et descendant de l'une des familles les plus riches de Shanghai, cet armateur semblait être l'homme de la situation. Mais le sort va s'acharner contre lui. A peine en fonction, il doit affronter la crise financière asiatique, la chute du secteur immobilier et bientôt un chômage record pour le territoire de 7 millions d'habitants.

Au terme de son premier mandat de cinq ans, Tung Chee-hwa est toutefois reconduit jusqu'en 2007 – hors de toute consultation démocratique – par l'ex-numéro un chinois Jiang Zemin qui lui conserve sa confiance. Mais à nouveau, il doit affronter crise sur crise: alors que sa cote de popularité était déjà au plus bas, sa gestion de l'épidémie de SRAS le discrédite définitivement. Par la suite, il devra encore subir deux manifestations pro-démocratiques dont il est la principale cible, les 1er juillet 2003 et 2004, réunissant à chaque fois un demi-million de personnes. Il semblait pourtant avoir sauvé sa tête lorsque, l'automne dernier, il était parvenu à limiter la progression des démocrates au parlement.

Remplaçant populaire

Entre-temps, toutefois, une nouvelle génération de dirigeants s'est installée à Pékin. Plutôt que de voir le climat se dégrader à Hongkong avec des risques d'un «dérapage» démocratique contagieux pour le continent – la rupture entre la population et son gouverneur étant consommée – Hu Jintao a préféré faire sauter un fusible. Le mois dernier, donc, Tung Chee-hwa a remis sa démission au bureau politique du PCC. Celle-ci a été acceptée, en échange de quoi le futur ex-gouverneur sera appointé à la vice-présidence de la Commission consultative du peuple chinois, un organe purement honorifique où il rejoindra des personnalités comme le cinéaste Zhang Yimou.

La bonne nouvelle, pour les Hongkongais, c'est que Tung Chee-hwa sera remplacé dans un premier temps par Donald Tsang, le ministre le plus populaire de l'actuel gouvernement qui a su par ailleurs se gagner la confiance de Pékin. Depuis une poignée de main appuyée avec Hu Jintao en décembre dernier, les spéculations allaient bon train sur son avenir. A 51 ans, ce catholique fervent a passé toute sa carrière dans le service public. Il avait été le principal artisan du redressement financier de Hongkong après la crise de 1997. Il a toutes les chances d'être formellement désigné comme nouveau gouverneur d'ici à la fin de l'année.

La mauvaise nouvelle, c'est que les démocrates, majoritaires en voix mais pas en sièges parlementaires, devront certainement attendre encore davantage avant de pouvoir réformer la mini-constitution de leur territoire. Théoriquement, ils étaient en mesure de demander l'introduction du suffrage universel pour l'élection du gouverneur lors du prochain renouvellement de mandat, en 2007. Le départ de Tung Chee-hwa à mi-parcours leur coupe l'herbe sous les pieds. Le choix de son successeur cette année par un collège restreint contrôlé par Pékin reporte l'espoir d'une réforme à 2010 au plus tôt. C'est justement ce que cherchait à faire Pékin: temporiser afin que les démocrates rentrent dans le rang.