Editorial

De Tiananmen à Hongkong

Le mouvement de désobéissance civile qui s’est emparé de Hongkong promet de prendre de l’ampleur. Le scénario d’un retour à l’ordre imposé au besoin par la violence plane désormais sur l’une des principales places financières d’Asie. Car ce qui se joue ces jours-ci dans l’ex-colonie britannique n’est pas une simple question de degré du pouvoir octroyé aux concitoyens de cette région administrative spéciale. C’est un défi de nature existentielle posé à la gestion politique telle qu’entend l’exercer le parti unique sur l’ensemble de son territoire. Et, contrairement à ce que l’on pouvait espérer il y a quelques années, Pékin n’est pas prêt à autoriser des expériences de démocratie réelle, serait-ce dans un laboratoire bien délimité au nom du principe «un pays, deux systèmes».

Pékin, au demeurant, a parfaitement respecté jusqu’ici le contrat signé avec les Britanniques selon lequel Hongkong, à la suite de sa rétrocession en 1997, préservera durant cinquante ans une large autonomie et les libertés héritées du système colonial. Contrairement au reste de la Chine, ses tribunaux et sa presse restent indépendants. Pékin est allé jusqu’à autoriser, année après année, des manifestations à la mémoire des opposants de la place Tiananmen. Même si ces acquis sont sous pression, comme le dénonce le camp démocrate, l’essentiel est pour l’instant préservé.

Le problème est que la Chine change. A Pékin, on rappelle volontiers aux visiteurs que son économie s’enrichit chaque année de l’équivalent du PIB de la Grande-Bretagne. La deuxième puissance économique veut peser sur la nouvelle gouvernance internationale. Et sa référence n’est pas la démocratie libérale. A Hongkong, au contraire, l’éveil de la société civile, depuis une décennie, se traduit par un besoin plus affirmé de choix électoral. Pékin a promis le suffrage universel, mais à ses conditions: les candidats à une élection doivent être «patriotes» pour être agréés, c’est-à-dire loyaux au parti. Pour une large partie des Hongkongais, cette formule signifie la fin des illusions sur une réelle autonomie. Une capitulation.

Ces deux trajectoires entrent aujourd’hui en collision. On voit mal comment un compromis est possible. Face à la détermination des manifestants pacifiques, Pékin hésitera à frapper. Le coût en serait assurément élevé. Mais comme Deng Xiaoping en 1989, Xi Jinping se résoudra à l’usage de la force pour maintenir le monopole du pouvoir si cela s’avère nécessaire.