La Chine s’est montrée, jusqu’ici, plutôt réservée au sein des organisations internationales, n’intervenant que sous la critique pour défendre son propre bilan. En passe de devenir la première puissance économique mondiale, elle entend aussi donner de la voix pour défendre sa vision des droits humains.

C’est ce que relève une enquête réalisée par l’institut de recherche indépendant Chatham House. L’institut, basé à Londres, a mené des entretiens avec des experts et des diplomates à Pékin, Genève, Londres, New York et Washington. Il a analysé les interventions de la Chine au sein des institutions de l’ONU, en particulier le Conseil des droits de l’homme (CDH). «La Chine aime présenter les droits de l’homme comme un but à atteindre sur le chemin du développement plus qu’une obligation légale», indique le rapport. Mot d’ordre de sa politique étrangère: la non-ingérence dans les affaires internes des Etats. Pour Pékin, signer des traités internationaux est utile surtout pour signaler que les puissances occidentales n’ont rien à craindre de son «développement pacifique».

L’impact du Printemps arabe

Mais l’irruption du Printemps arabe, en 2011, a changé la donne. Depuis, la Chine a pris la tête d’un groupe de pays, au sein du CDH, cherchant à affirmer leurs vues face à l’Occident.

Trois exemples récents illustrent ce nouvel activisme. En septembre 2011, à la surprise générale, 32 Etats – dont la Corée du Nord, l’Iran et la Russie – signent, à l’initiative de Pékin, une déclaration soulignant le devoir des gouvernements de «prendre les mesures nécessaires pour maintenir la sécurité publique et la stabilité sociale», et préconisant la coopération internationale pour protéger les droits de l’homme «dans le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale».

Lors de la session suivante du Conseil des droits de l’homme, en février 2012, la Chine publie une nouvelle déclaration commune, signée par 30 Etats, pour mettre en garde contre l’utilisation d’Internet dans le but de «propager le terrorisme, l’extrémisme, le racisme, la xénophobie et les idées qui prônent de renverser des autorités légitimes». Enfin, en juillet dernier, le régime communiste réunit 15 Etats autour d’une prise de position critique envers le contre-terrorisme et l’usage de drones pour commettre des «meurtres extrajudiciaires» et ciblés qui «violent les droits humains», une critique à peine dissimulée de la politique de défense américaine.

Le contenu de ces interventions ne varie pas de la ligne habituelle de Pékin, mais ses méthodes se révèlent beaucoup plus directes. «Jusqu’ici, la Chine avait évité toute démonstration de leadership au sein du Conseil», souligne le rapport. Pourquoi ces nouvelles alliances? Pékin veut «offrir une alternative à ce qu’elle décrit comme l’imposition de normes occidentales déguisées en universalisme».

Pas de «légitimité exclusive»

Le penseur du modèle de développement chinois, Pan Wei, résume ainsi la position chinoise: «La Chine ne dit pas que son chemin est le meilleur pour les autres, mais son succès affaiblit les arguments en faveur d’une légitimité exclusive des systèmes occidentaux.»