Asie

A Pékin, Hillary Clinton veut élargir le dialogue

La secrétaire d’Etat américaine veut «ouvrir une nouvelle ère de partenariat» avec la Chine en développant la coopération sur le réchauffement climatique, la sécurité et les droits de l’homme

Ce sont des dirigeants chinois dans l’expectative qui accueillent ce vendredi à Pékin la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, dans l’étape la plus importante de sa tournée asiatique. Qu’attendre de la nouvelle administration américaine? D’aucuns jugent la relation Etats-Unis - Chine comme la plus importante du monde globalisé. Mais c’est aujourd’hui un monde en crise. Les premiers sont un empire en faillite. Les seconds, un peu trop vite considérés comme les sauveurs du système capitaliste grâce à leurs réserves de change, un empire aux pieds d’argile.

Sérénité chinoise

Première bonne nouvelle pour Pékin, la Chine a été absente de la campagne présidentielle américaine. Conséquence: pour la première fois depuis longtemps, un changement d’administration aux Etats-Unis ne se traduit pas automatiquement par une période de tension avec Pékin. Forts de leur nouvelle puissance, les dirigeants chinois affichent une certaine sérénité. Le partenariat économique entre les deux pays restera au cœur de leur relation. Ce qui peut les inquiéter, toutefois, ce sont les promesses de changement sur lesquelles s’est fait élire Barack Obama. Washington va-t-il changer les règles du jeu?

Avant son départ, Hillary Clinton a annoncé sa volonté d’élargir le dialogue sino-américain pour «ouvrir une nouvelle ère de partenariat». Cet élargissement comprend les questions du réchauffement climatique et de sécurité, mais également les droits de l’homme. Dans son camp, et au Congrès, dominé par les démocrates, des voix s’élèvent pour tenir un discours plus ferme sur le respect des libertés et les droits sociaux. Timothy Geithner, lors de son audition de confirmation comme secrétaire au Trésor, a dénoncé les «manipulations de la monnaie» par Pékin. Le vice-président Joe Biden a dû aussitôt corriger le tir. Pékin a esquivé, mettant ces propos sur le manque d’expérience de cette nouvelle administration. Mais si la relation sino-américaine paraît pour l’heure apaisée, les sources potentielles de conflits politiques et économiques (lire ci-dessous) demeurent nombreuses.

Les Chinois ne connaissent pas Barack Obama et ce dernier semble tout ignorer de la Chine, même si l’un de ses demi-frères réside depuis plusieurs années à Shenzhen comme l’a récemment révélé le China Daily. Ils connaissent bien, en revanche, Hillary Clinton. Elle avait, en 1995, participé à la Conférence sur les femmes de Pékin en tant que première dame des Etats-Unis. A cette occasion, elle avait affirmé que «les droits des femmes sont des droits humains», formule qui avait un parfum de provocation. En 1998, elle avait accompagné son mari dans sa visite présidentielle en Chine.

Non seulement les autorités chinoises connaissent Hillary Clinton mais ils ont déjà eu l’occasion de la censurer. La traduction chinoise de ses Mémoires (Living History), qui remportèrent un vif succès en Chine, fut expurgée d’une dizaine de pages dans lesquelles la First Lady évoquait le massacre de Tiananmen, qui «hantait» son mari, et le dissident Harry Wu. A l’époque, en 2003, elle avait réagi en se déclarant «stupéfaite et indignée»: «Ils censurent mon livre comme ils ont tenté de me censurer.» Plus récemment, Hillary Clinton a été une des voix critiques à l’égard de la Chine en tant sénatrice.

«Pragmatisme économique»

Pas de quoi rassurer les dirigeants chinois. Ceux-ci se souviennent toutefois que Bill Clinton s’était lui aussi, dans un premier temps, pour des raisons électorales, fait le pourfendeur de la Chine avant de se transformer en avocat d’un engagement économique massif en Chine. Il s’en était justifié moralement en défendant la thèse – toujours en vogue – que le commerce et le marché amèneraient la démocratie en Chine. Il a jusqu’ici été démenti par les faits. Sa femme, et Barack Obama, adopteront-ils ce même «pragmatisme économique»? On peut penser que dans le contexte actuel de crise du système capitaliste, la prudence sera de mise avec le grand partenaire «communiste».

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