Pékin marque des points face à Hongkong

Chine Echec pour les étudiants, qui ne rencontreront pas le gouvernement central

Ils ont perdu tout soutien populaire

Encore un échec. Le dernier d’une série qui ne cesse de s’allonger. Dans la presse du dimanche, Tung Chee-hwa a fait savoir qu’il ne donnait pas suite à la lettre que lui ont envoyée les étudiants de Hongkong. Ces derniers demandaient au premier gouverneur de l’ère post-britannique, 77 ans et aujourd’hui vice-président d’une assemblée consultative de la République populaire, d’intercéder en leur faveur afin d’obtenir une rencontre avec les membres du gouvernement central. Tung Chee-hwa leur a dit que cela ne servait «à rien», car Pékin «ne reviendra pas en arrière».

Ce lundi, le mouvement des parapluies entre dans sa 7e semaine d’affilée. Il réclame le libre choix du prochain chef de l’exécutif de Hongkong, en 2017. Un choix qui, en l’état, reste contrôlé par le gouvernement central, selon un cadre électoral présenté par Pékin le 31 août dernier. Le mouvement de contestation a pris le gouvernement par surprise lorsque, le 28 septembre, après que la police a tiré des grenades de gaz lacrymogène sur les manifestants, essentiellement des étudiants, des dizaines de milliers de Hongkongais ont envahi plusieurs artères de la mégalopole, qui sont toujours occupées et désormais couvertes de tentes où dorment les pro-démocratie.

La contestation pacifique a eu pour seul résultat concret une rencontre avec le gouvernement, il y a déjà près de trois semaines. Cependant, Pékin n’a pas revu sa copie et continue de soutenir, ce fut encore le cas hier, l’actuel gouverneur, C.Y. Leung.

Comme les étudiants le redoutaient depuis le début, le gouvernement central joue la montre. Une stratégie dont ce dernier reçoit les premiers dividendes. Tout d’abord, le soutien populaire s’est effondré. La semaine dernière, la Polytechnic University a publié un sondage dans lequel près de trois personnes interrogées sur quatre demandaient aux manifestants de rentrer chez eux.

Ensuite, le mouvement des parapluies s’est divisé. Deux des fondateurs d’Occupy Central, le groupe d’intellectuels à l’origine de la contestation, sont retournés à leur travail. Les lieux d’occupation n’accueillent plus la foule des premiers jours. Il y a deux semaines, un référendum en ligne pour décider de la suite de la mobilisation a été annulé au dernier moment, le procédé faisant l’objet de critiques.

Il y a dix jours, les étudiants se raccrochaient à l’idée d’envoyer une délégation à Pékin lors de la réunion de l’APEC à laquelle va notamment participer Barack Obama ce lundi. Là encore, les divisions du camp des parapluies ont éclaté au grand jour. Lors d’un débat organisé par les étudiants de la Hongkong University, Claudia Mo les a interpellés: «Aller à Pékin va susciter une attention internationale, qui faiblit. Très bien.» Mais la députée du Civic Party, première force pro-démocratique au parlement, les a avertis: «Cela risque aussi de créer de la confusion, de contribuer à l’idée que le patron est là-bas, et non pas à Hongkong. Pourtant, vous, les étudiants, n’avez cessé de réclamer que Hong­kong soit dirigé par les Hongkongais. En décidant d’aller à Pékin, vous mettez en péril le principe un pays, deux systèmes.»

Finalement, les étudiants ont renoncé au déplacement. Ce qui n’a pas empêché un représentant de Scholarism, le mouvement des collégiens, de tenter le voyage. Il a été arrêté à la frontière pour «atteinte à la sécurité nationale».

L’isolement et les divisions des manifestants leur nuisent aussi alors que les pro-Pékin avancent des idées pour sortir de l’impasse: réserver aux parapluies un nouvel espace d’occupation, tout près du siège du gouvernement, mais à l’écart des voies de circulation; ou offrir aux étudiants une place au sein du comité de présélection du prochain gouverneur. Ces propositions ont toutes été rejetées.

Enfin, Pékin ne se contente pas de miser sur l’épuisement du mouvement. Plusieurs annonces récentes ont été perçues comme des signes de sa pression contre la région administrative spéciale. La bourse commune avec Shanghai, dont la création était attendue lundi passé, n’est toujours pas programmée. Après le yen et le ringgit malaisien, Pékin a choisi le dollar de Singapour comme troisième devise asiatique profitant d’un lien privilégié avec le yuan. Et Xi Jinping ira en décembre à Macao, mais pas à Hongkong.

D’aucuns parient désormais sur une action de la police pour dégager les rues, peu après la fin du sommet de l’APEC. «Nous sommes prêts, répond Yvonne Leung, qui préside le syndicat des étudiants de la Hongkong University. Nous resterons jusqu’au bout.»

Trois personnes interrogées sur quatre demandent aux manifestants de rentrer chez eux

D’aucuns parient désormais sur une action de la police pour dégager les rues