Pékin multiplie les arrestations d’artistes

Chine Des personnalités soutenant les manifestants de Hongkong ont été écrouées

L’avocat Zhou Shifeng se mobilise

Au moment où le Parti communiste chinois réunissait, du lundi 20 au jeudi 23 octobre, ses instances dirigeantes autour du thème de «l’autorité de la loi», une poignée d’avocats et de militants chinois tentaient de venir en aide au nombre croissant de personnes, dont de nombreux artistes, arrêtées ces dernières semaines pour avoir exprimé leur soutien, souvent sur Internet, aux manifestants pro-démocratie de Hongkong.

Lundi, le jour d’ouverture du plénum, le conclave du parti, l’avocat Zhou Shifeng s’est ainsi rendu dans trois centres de détention de Pékin et des environs pour tenter de rencontrer quatre clients et de localiser une cinquième personne, «disparue» le 10 octobre. Sans succès: «J’ai notifié à la sécurité publique – police – que la loi stipule que mes clients peuvent rencontrer un avocat quarante-huit heures après leur arrestation. Ils ont botté en touche», expliquait-il le soir même.

Ses clients, dont Zhang Miao, une assistante travaillant pour l’hebdomadaire allemand Die Zeit, les artistes Zhang Haiying – connu pour ses portraits de prostituées embarquées par la police – et Lu Shang, ont été détenus entre le 2 et le 11 octobre. «C’est totalement illégal, ils ne respectent pas les règles», fulmine Zhou Shifeng, rompu à la routine d’un Etat policier qui n’en a cure des procédures les plus élémentaires. Zhang Miao se rendait à un récital de poésie organisé dans le village d’artistes de Songzhuang, à la périphérie de Pékin, en soutien aux manifestants de l’ancienne colonie britannique.

Le quatrième plénum du parti, qui s’est conclu jeudi par un appel à «l’autorité de la loi aux caractéristiques chinoises», a insisté dans son communiqué final sur «le respect de la Constitution» et la création d’un mécanisme, inexistant jusqu’alors, au sein de l’Assemblée nationale populaire pour en superviser les violations. Le tout en rappelant que «l’exigence première de l’autorité de la loi socialiste est de garantir le rôle dirigeant du parti».

C’est la pierre d’achoppement: tout ce qui est susceptible de porter atteinte au «rôle dirigeant du parti», en réalité simplement évoqué dans le préambule de la Constitution, l’emporte sur toute autre disposition, comme la liberté d’expression ou celle de rassemblement.

Pour ce faire, l’appareil de sécurité a carte blanche dans le «maintien de la stabilité» (weiwen en chinois). «La seule manière de créer un système qui s’approche de l’idée d’Etat de droit, ce serait de démanteler ce système de maintien de la stabilité», soupire Zhou Shifeng. Ce qui n’est visiblement pas à l’ordre du jour, même si le principal architecte du weiwen, l’ancien chef de la sécurité Zhou Yongkang, est lui-même en détention et, contrairement à ce que certains pensaient, le Comité central ne s’est pas prononcé jeudi sur son expulsion du parti.

A 50 ans, l’avocat Zhou Shifeng est l’un des principaux acteurs de la résistance «légaliste» contre les abus policiers: le cabinet qu’il dirige, avec ses 80 avocats, traite près du tiers des cas dits «politiques», comme Ai Weiwei en 2012, ou récemment l’universitaire ouïgour Ilham Tohti.

Des cinq clients de Zhou Shifeng, le cas de la personne «disparue», Kou Yanding, le préoccupe: cette militante d’une cinquantaine d’années, spécialiste de démocratie rurale, a été interceptée alors qu’elle voyageait au Mont-Wutai, un site de pèlerinage bouddhiste dans le centre du pays. «Il n’y a eu aucun avis de la police, nous ne savons pas où elle est détenue. C’est sans doute en lien avec Hongkong, mais ils ciblent aussi des militants en raison de leur influence potentielle», ajoute l’avocat.

Une telle offensive de la sécurité publique ne s’était pas produite depuis février 2011, lors d’appels à un «mouvement du jasmin» en Chine après les printemps arabes. Une centaine d’avocats et d’intellectuels connus, et enfin Ai Weiwei, furent détenus au secret plusieurs mois, dans une violation flagrante des lois.

Certains des artistes appréhendés ces dernières semaines n’ont fait que diffuser des photos sur les réseaux sociaux, acte assimilé à une «incitation aux troubles». Ainsi de l’artiste Wang Zang, arrêté le 1er octobre. Une photo diffusée sur Twitter le montrait la veille, devant un drapeau de Taïwan, une ombrelle à la main et le crâne rasé en solidarité avec la «révolution des parapluies» à Hongkong. Wang Zang devait participer au récital de poésie de Songzhuang.

Ce jour-là, son épouse, Wang Li, sans nouvelles de son mari, a vu débarquer chez elle, à Songzhuang, une escouade d’agents. Ceux-ci fouillent sa maison. «Ils m’ont poussée dehors. Je suis revenue plus tard avec des amis, ils ont fini par sortir», raconte-t-elle au téléphone.

Recueillie avec sa fillette de 1 an par des proches, Wang Li se retrouve à son retour chez elle sans électricité ni eau ni accès à Internet. Elle n’a eu que le 5 octobre la confirmation, orale, que son mari était détenu, sans pouvoir lui parler. Les 7 et 8 octobre, Wang Li sera de nouveau harcelée et sa fillette passera même plusieurs heures au commissariat.

Le 16 octobre, les policiers la font expulser de chez elle dans la nuit en intimidant son propriétaire. Ce soir-là, le peintre Chen Guang, déjà détenu en juin au moment des 25 ans de Tiananmen en raison de ses tableaux sur ce thème, vient la chercher car il possède une voiture. Convoqué le lendemain au commissariat, il a tout de suite été arrêté…

En tout, une quinzaine de personnes à Songzhuang ont été incarcérées pour avoir manifesté leur soutien au mouvement pro-démocratie de Hongkong, comptabilise une militante pékinoise récemment libérée de prison et mobilisée avec deux autres «vétérans» célèbres pour soutenir les familles des artistes arrêtés de Songzhuang.

Lundi 20 octobre, ils ont chargé un jeune artiste de monter un système de donations sur Internet. Celui-ci sera arrêté le soir même, puis libéré le lendemain, après que les trois personnalités eurent lancé une pétition. L’argent collecté, l’équivalent de 3000 euros, n’a pas été rendu.

Le quatrième plénum s’est conclu par un appel à «l’autorité de la loi aux caractéristiques chinoises»

Certains des artistes appréhendés n’ont fait que diffuser des photos sur les réseaux sociaux