C’est le dernier coup de boutoir de la Chine contre les spécificités du système hongkongais. La pression du gouvernement central sur la région rebelle s’accentue depuis la promulgation à la fin de juin de la loi de sécurité nationale destinée à mater la contestation massive éclatée en 2019. Mercredi, le plus haut organe législatif chinois a accordé aux autorités locales le pouvoir de destituer les députés «non patriotiques», sans avoir à passer par les tribunaux hongkongais.

Moins de 18 sièges

Quatre élus de l’opposition ont sur le champ été démis de leurs fonctions, ce qui a eu pour effet de faire passer le camp pro-démocratie sous la barre des 18 sièges nécessaires pour pouvoir rejeter des motions et projets de loi proposés par la majorité. En réaction, tous les députés pro-démocratie ont annoncé leur intention de quitter un parlement local jusqu’ici peu représentatif et désormais relégué au seul rôle de chambre d’enregistrement.

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Selon la décision des législateurs chinois, un député à Hongkong ne peut assumer ses fonctions s’il fait la promotion ou soutient l’indépendance de l’ancienne colonie britannique, s’il refuse de reconnaître l’exercice de la souveraineté de l’Etat sur Hongkong, s’il recherche l’ingérence de forces extérieures ou s’il commet d’autres actes mettant en danger la sécurité nationale.

Citant l’ancien dirigeant chinois Deng Xiaoping, le Bureau des affaires de Hongkong et Macao, à Pékin, a rappelé que le principe du «peuple de Hongkong gouvernant Hongkong» a ses règles, à savoir que «les principaux administrateurs de la ville doivent être des patriotes». C’est ce même Deng Xiaoping qui avait signé avec Margaret Thatcher la déclaration sino-britannique de 1984 garantissant que Hongkong contrôlerait l’économie, les lois et les affaires politiques locales.

Or Pékin s’immisce de plus en plus dans les affaires locales. En 2016, le gouvernement central avait obtenu l’éviction de six députés fraîchement élus, dont de jeunes partisans de l’indépendance. Aujourd’hui, «la décision arbitraire de démettre de leurs fonctions des députés pro-démocratie élus est un assaut supplémentaire contre le haut degré d’autonomie et les libertés» promis jusqu’en 2047, a réagi mercredi le ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab.

«Les décrets
 remplacent le droit»

Pour Dennis Kwok, l’un des députés disqualifiés, «ceux qui sont au pouvoir ne peuvent plus tolérer l’opposition». Lui, comme 11 autres candidats, avait déjà été disqualifié à la fin d’août pour avoir appelé à des sanctions internationales contre Pékin. Il n’aurait donc pas pu participer aux élections législatives, initialement prévues en septembre mais reportées d’un an à cause, officiellement, du Covid-19. Ceux qui voudront le remplacer sont mis en garde. Avec ses nouvelles règles et ses critiques à l’encontre d’une «opposition déloyale», le gouvernement central vient de poser la question de l’existence même d’une opposition, déjà sous-représentée au parlement local du fait d’un système électoral favorisant la majorité acquise à Pékin.

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«Ce n’est plus l’Etat de droit, c’est un Etat dicté par les décrets», a réagi la députée Claudia Mo, démissionnaire. «A partir de maintenant, quiconque semble être considéré comme politiquement incorrect ou non patriotique pourra être évincé par n’importe quel moyen. Ils ne vous laisseront même pas vous présenter», poursuit l’élue, selon qui «il est encore trop tôt» pour dire si elle et ses acolytes se présenteront en septembre 2021. Jean-Pierre Cabestan, professeur de sciences politiques à l’Université baptiste de Hongkong, prédit que la tâche des opposants sera «de plus en plus difficile dans la mesure où le Parti communiste va petit à petit délégitimer ces partis et les faire disparaître».