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Une famille typique chinoise dans les rues de Shanghai, après des décennies de politique de l’enfant unique. La famille à trois est devenue la norme en Chine et il ne sera pas facile de relancer la natalité, comme le veulent les autorités.
© AFP / JOHANNES EISELE

Asie

Pékin pousse ses citoyens à faire plus de bébés

Après 40 ans de politique de l’enfant unique, la Chine fait tout pour encourager les naissances. Mais les mesures proposées ne sont pas à la hauteur pour enrayer le vieillissement de la population

Mi-août, Xinhua Daily, un journal affilié au Parti communiste chinois, publiait un article qui a fait l’effet d’une bombe dans l’Empire du Milieu. Rédigé par deux économistes de l’Université de Nankin, il propose d’introduire un impôt sur les couples de moins de 40 ans qui n’ont qu’un seul enfant. Les fonds levés ainsi serviraient à subventionner les parents qui choisissent d’en avoir un deuxième.

Lundi, le parlement chinois a commencé à examiner une refonte du Code civil qui ne mentionne pas – pour la première fois – les pratiques de planning familial à l’origine de la politique de l’enfant unique. Elle introduirait aussi un délai d’attente obligatoire d’un mois pour les couples qui souhaitent divorcer, dans l’espoir que cela les fasse changer d’avis.

Virage à 180 degrés

Pour la Chine, il s’agit d’un virage à 180 degrés. Après 40 ans marqués par une politique antinataliste qui a donné lieu à des millions d’avortements et de stérilisations forcés, le gouvernement veut désormais obliger ses citoyens à faire plus de bébés. En 2016, il autorisait tous les couples à faire un deuxième enfant, après avoir déjà assoupli la loi pour certaines catégories de la population (les paysans, les minorités ethniques et les enfants uniques). «Je suis convaincu que les restrictions seront entièrement levées d’ici à la fin de l’année», dit Yi Fuxian, un expert de la politique de natalité de la Chine à l’Université du Wisconsin à Madison. C’est-à-dire que les Chinoises pourraient faire autant d’enfants qu’elles le souhaitent, alors qu’elles sont aujourd’hui encore limitées à deux naissances.

Lire aussi: «Pour enrayer son vieillissement, la Chine abandonne sa politique de l’enfant unique»

Plusieurs initiatives pro-natalistes ont été introduites sur le plan local. «La province du Liaoning vient de créer une série de subsides et de rabais fiscaux pour les jeunes parents», détaille Stuart Gietel-Basten, un sociologue à la Hong Kong University of Science and Technology. Elle va aussi investir dans la construction de cliniques et de jardins d’enfants. Certaines régions ont choisi d’aller au-delà des 14 semaines de congé maternité garanties par la loi. «La ville de Dalian offre plus de 20 semaines», complète-t-il.

Dissuasion de l’avortement et du divorce

Plus controversé, la province du Jiangxi oblige désormais les femmes qui veulent avorter à obtenir l’autorisation de trois médecins. Celle du Jiangsu a introduit en juin un test pour les couples souhaitant divorcer. Ils doivent répondre à des questions sur la date d’anniversaire de leur époux, son plat préféré et la division des tâches ménagères au sein du couple. Objectif avoué: les encourager à renoncer à la séparation, ce qui accroîtrait la probabilité qu’ils fassent des enfants.

Cet activisme s’explique par la grave crise démographique que la Chine affronte. «La part des citoyens en âge de travailler décline rapidement, alors que le nombre des seniors ne cesse de croître, souligne Yi Fuxian. Certaines administrations ne sont déjà plus en mesure de verser des retraites.» En 2015, le taux de fertilité ne s’élevait plus qu’à 1,05, le niveau le plus bas du monde. En raison d’une préférence culturelle pour une descendance mâle, la Chine a aussi 30 millions d’hommes en trop. Ce sont autant de citoyens qui ne trouveront pas de partenaire et ne feront pas d’enfants.

Mais les mesures introduites par le gouvernement n’ont pas produit l’effet escompté. En 2016, l’année de la levée de l’interdiction sur un second enfant, le pays a enregistré 18,5 millions de naissances, en hausse de 11,5%. Mais en 2017, ce nombre est retombé à 17,2 millions (-3,5%). L'augmentation temporaire serait surtout due à l’année du Singe, considérée comme chanceuse.

Lire aussi: En Chine, le boom des analyses génétiques sur les embryons

Le ras-le-bol des Chinoises

«La politique de l’enfant unique a modifié les attitudes face à la natalité, estime Yi Fuxian. Avoir un seul enfant – voire pas de descendance du tout – est désormais devenu la norme en Chine.» Toute l’économie, de la taille des appartements au prix des places dans les écoles privées, est orientée autour des besoins d’une famille à trois. «Beaucoup de parents ne peuvent pas se payer un second enfant, surtout en ville», dit Xiaoyuan Shang, une spécialiste des politiques sociales de la Chine à l’Université de Nouvelle-Galles du Sud, en Australie. Elever un enfant à Pékin jusqu’à ses 18 ans coûte 2,76 millions de yuans (396 000 francs) en moyenne.

De plus en plus de femmes choisissent en outre de faire carrière et donc de retarder leur projet d’enfant. «L’attitude des employeurs face aux travailleuses qui tombent enceintes reste très négative, indique Stuart Gietel-Basten. Il n’est pas rare qu’elles soient discriminées ou qu’on les pousse à écourter leur congé maternité.» Dans un sondage réalisé l’an dernier par le site de recrutement Zhaopin, 33% des femmes ont dit que leur salaire avait baissé après la venue de leur enfant.

Les Chinoises en ont aussi marre de se faire dicter la taille de leur famille par l’Etat. Après la publication de l’article proposant une taxe sur les couples de moins de 40 ans, le site de microblogging Weibo s’est enflammé. «Alors maintenant je reçois une amende parce que je suis célibataire?» s’est énervée une internaute. «Il n’y a pas si longtemps, on nous forçait à avorter et désormais je dois payer pour un second enfant que je n’ai même pas eu», grinçait une autre.

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