C’est une vieille promesse, mais elle est sur le point de se réaliser. Pékin lance ce mois-ci un ambitieux programme de retraite dans les campagnes où vit encore une majorité de Chinois. D’ici 2020, par étapes, les 730 millions de ruraux (55% de la population) seront ainsi au bénéfice d’une telle couverture sociale, une réforme majeur pour stopper le creusement des inégalités sociales qui ont explosé depuis 20 ans.

Aujourd’hui encore les paysans chinois vivent dans un système féodal, comme le qualifie l’historien Qin Hui. Le système du Hukou, un permis d’établissement interne à la Chine, préserve une forme d’Apartheid social, les millions de ruraux se déplaçant en ville (les fameux «mingong» à la base du miracle industriel chinois) ne bénéficiant d’aucun des avantages sociaux réservés à une partie de la population urbaine. Son maintien est justifié au nom de l’ «harmonie sociale» et du contrôle des flux de population pour éviter l’émergence d’immenses bidonvilles.

Premières bénéficiaires des réformes économiques lancées dans les années 1980, les campagnes ont certes vu leur niveau de pauvreté baisser de façon spectaculaire, mais les écarts de revenus ont depuis alimentés frustrations et revendications sociales. Alors qu’un habitant des villes gagnait en moyenne 1,85 fois plus qu’un campagnard dans les années 1980, l’écart atteignait 3,33 en 2007, de source officielle. Mais des sociologues chinois parlaient en 2005 d’un écart de revenu réel de cinq à six fois supérieur en faveur des urbains.

Pour soulager les campagnes, Pékin a supprimé de nombreuses taxes de l’Etat central à partir de 2003, lesquelles ont toutefois été en partie remplacées par des impôts locaux. Le pouvoir a également promis la gratuité de l’enseignement primaire dans les campagnes à partir de 2010. Concrètement, le gouvernement central allouera un peu moins de dix francs suisses par mois aux paysans âgés de 60 ans et plus. Les paysans âgés de 16 à 60 ans devront cotiser à hauteur de 18 à 80 francs par an, avec l’aide des autorités locales, pour alimenter le fond de pension. 153 millions de ruraux sont aujourd’hui âgé de plus de 60 ans.

Lors de l’annonce de son vaste plan de relance de l’économie de 4000 milliards de yuans (686 milliards de francs), le gouvernement avait promis des investissements substanciels dans le social. Une politique plus volontariste de redistribution des fruits du boom économique réclamée depuis des années par les franges les plus progressistes de la société, mais qui se heurte aux groupes d’intérêts et à la caste conservatrice du parti communiste dont les 70 millions de membres sont les principaux bénéficiaires de la libéralisation de l’économie.