Si, à l’interne, sa croissance montre des signes d’essoufflement, la Chine n’est pas près de lâcher «ses amis» d’Afrique. Le président chinois Hu Jintao a promis 20 milliards de dollars de prêts aux Etats africains lors du 5e Forum de coopération Chine-Afrique, qui s’est achevé vendredi à Pékin. C’est deux fois plus que lors du dernier forum en 2009. Les échanges entre la Chine et le Continent noir n’ont cessé de croître pour atteindre 166 milliards de dollars en 2011, soit 16 fois plus qu’en 2000. Le Ministère chinois du commerce estime que 2000 sociétés chinoises ont investi dans des pays africains depuis 2009, moment où la Chine est devenue le premier partenaire de l’Afrique. «C’est aussi le premier prêteur, loin devant la Banque mondiale, note Adama Gaye, consultant sénégalais, spécialiste des relations sino-africaines. Mais à qui profitent ces relations? La Chine, il n’y a pas de doute, y trouve son intérêt. Elle a un besoin vital des ressources naturelles africaines pour son propre développement.»

Un «acteur global»

En parallèle, Pékin réalise de grands projets: routes, ponts, stades, hôpitaux, systèmes de télécommunications. Des infrastructures très visibles dont l’une des plus emblématiques est le siège de l’Union africaine à Addis-Abeba. «La Chine investit où les anciennes puissances coloniales se sont retirées, explique Antoine Kernen, sinologue à l’Université de Lausanne. Elle offre aux pays africains une nouvelle marge de manœuvre en leur permettant de choisir leurs partenaires. Cette réunion, c’est aussi une façon pour la Chine de souligner qu’elle est devenue incontournable en Afrique.»

Les rapports, comme toujours, ont été présentés comme gagnants-gagnants. «La Chine et les pays africains sont bons amis, bons partenaires et bons frères», a déclaré le ministre chinois des Affaires étrangères, Yang Jieshi, en préambule au forum. Seul bémol, la critique, très nuancée, de Jacob Zuma. Le président sud-africain, tout en remerciant Pékin de traiter les pays africains en «égaux», a mis en garde contre un modèle commercial – matières premières importées contre produits finis exportés – «qui n’est pas viable sur le long terme».

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a souligné que la coopération sino-africaine «crée des opportunités pour les pays africains de diversifier leur économie, de créer de nouveaux emplois et d’améliorer la qualité des soins de santé et de l’éducation», dans une période où les pays d’ordinaire moteurs de la croissance sont en récession. Les prêts toutefois, conditionnés à l’engagement de sociétés chinoises, qui emploient de la main-d’œuvre chinoise, ne profitent pas toujours aux populations locales. «L’Afrique trouve son compte dans ses échanges avec la Chine, qui fait d’elle un acteur global, estime Adama Gaye. Mais Pékin traite uniquement avec les chefs d’Etat et crée ainsi les conditions de la résurgence de la corruption. Il est temps que les Africains posent leurs conditions sur la table des négociations.»