Malgré les appels du pied internationaux, l’unique allié de la Corée du Nord ne se presse pas pour raisonner son encombrant voisin, qui menace un peu plus d’en finir avec l’ennemi sud-coréen. Mardi, la Corée du Nord estimait que la péninsule coréenne se dirigeait vers «une guerre thermonucléaire».

Dimanche, pour son discours d’ouverture du forum économique de Boao, le Davos asiatique, le ­président Xi Jinping a joué l’apaisement: «Personne ne devrait être autorisé à jeter une région ou même le monde entier dans le chaos pour des intérêts personnels.» Un avertissement sans doute adressé à la Corée du Nord, mais également aux Etats-Unis, dont les manœuvres militaires en Corée du Sud – 27 000 soldats américains y sont stationnés – ont exaspéré Pyongyang au plus haut point. La veille, le ministre des Affaires étrangères, Yang Yi, confiait au ­secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, que la Chine «n’autoriserait aucun trouble devant sa porte».

Depuis la mort de Kim Jong-il le 17 décembre 2011, la frontière entre les deux pays est de moins en moins poreuse. Quand ils ne sont pas neutralisés par les soldats nord-coréens postés le long des 1300 km de frontière terrestre, les gens qui fuient le pays, majoritairement des femmes, sont traqués violemment par la police chinoise au grand dam des associations de défense des droits de l’homme. La non-délation d’intrus nord-coréens sur le sol chinois est un crime passible d’une forte amende. L’assistance, qui commence par le don d’un simple repas chaud à un réfugié, est passible de prison.

Mais la sévérité chinoise s’arrête là. Si elle le souhaitait, la Chine pourrait faire cesser les provocations nord-coréennes, simplement en revoyant son soutien matériel à la baisse. Selon plusieurs estimations, la Chine fournit 80% des biens de consommation disponibles en Corée du Nord et près de la moitié de sa nourriture. Les camions de marchandises nord-coréens transitent quotidiennement à Dandong ou Tumen, deux villes frontalières. Une fois acheminés, les sacs de céréales sont généralement pris en charge par les militaires, assurant eux-mêmes la distribution auprès de la population, de manière à ce que cette «aide étrangère» ne vienne jamais saper l’autorité du régime.

Pourtant, Pyongyang ne se réjouit guère de cette forme d’allégeance. En gémissant tous azimuts – mardi, le très officiel Comité nord-coréen de pacification de l’Asie-Pacifique appelait tous les ressortissants étrangers à évacuer la Corée du Sud pour leur sécurité –, le régime de Kim Jong-un entend rappeler que même son puissant allié ne saurait lui dicter sa loi.

Après tout, la Corée du Nord s’est bien gardée d’informer la Chine de l’imminence de son troisième essai nucléaire en février dernier, poussant le chef de la diplomatie chinoise à convoquer l’ambassadeur nord-coréen pour quelques explications. Le mois suivant, la Chine présentait une nouvelle équipe dirigeante, mais pas de nouvelle politique étrangère.

«En général, les Etats-Unis ont tendance à surestimer l’influence de la Chine sur la Corée du Nord», confirme Daniel Pinkston, expert auprès du International Crisis Group. Tout en se montrant solidaire de l’appel international à la dénucléarisation nord-coréenne – jusqu’en 2009, le rôle de la Chine était essentiel dans les pourparlers multipartites –, Pékin pèche désormais par son manque d’audace. «Ce serait tout de même une opportunité pour la Chine et les Américains de travailler au nouvel ensemble», martèle Cheng Xiaohe, professeur à l’Université du peuple, à Pékin. Les deux pays s’étant étrillés ces dernières semaines sur la question du cyberespionnage.

Ne sachant pas à quoi s’en tenir, la presse officielle chinoise prend position. Fin février, Deng Yuwen, directeur adjoint d’une publication de l’Ecole centrale du Parti, exhortait le gouvernement chinois à «réévaluer son alliance avec la dynastie des Kim, lâcher Pyong­yang et œuvrer à la réunification des deux Corées». Il fut licencié sans ménagement.

U Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a lancé hier un appel à l’apaisement depuis Rome en jugeant le niveau des tensions «très dangereux». (AFP)

«Les Etats-Unis ont tendance à surestimer l’influence de la Chine sur la Corée du Nord»