Depuis la victoire le 22 mars du nationaliste Ma Ying-jeou lors de l'élection présidentielle taïwanaise, tout va vite, très vite entre Taipei et Pékin. Le 12 avril, le vice-président taïwanais Vincent Siew s'est rendu sur l'île de Hainan (au sud des côtes chinoises) pour y rencontrer le président chinois Hu Jintao. Cette fois-ci, c'est sous sa casquette de secrétaire du Parti communiste chinois que Hu Jintao a invité le président du parti nationaliste Kuomintang, Wu Poh-hsiung.

«Vivre en harmonie»

Arrivé mardi à Nankin (est de la Chine), Wu Poh-hsiung a rencontré Jia Qinglin, l'un des plus hauts dignitaires du pays. «Puisqu'une nouvelle ère commence, nous devrions nous réconcilier, échanger des idées, vivre en harmonie et nous efforcer mutuellement de nous diriger vers un développement pacifique», a assuré le président du Kuomintang à peine débarqué. «Il pourrait y avoir des difficultés mais lorsque l'on est fermement résolu à les régler, on atteint assurément la paix et le développement.»

De telles déclarations ne pouvaient que provoquer l'euphorie au sein d'un Etat chinois dont les deux principales craintes existentielles concernent les velléités autonomistes du Tibet et de Taïwan. La machine de la propagande s'est alors mise en marche. Les émissions spéciales, et quasiment sacrées, sur le séisme qui a touché le Sichuan il y a dix jours ont été interrompues pour traiter de «la plus importante des visites de haut niveau d'un dirigeant taïwanais depuis 1949». Les quotidiens de tout le pays ont également écarté pour la première fois depuis dix jours le tremblement de terre de leur une.

Cette excitation contrastait sérieusement avec le sentiment de la population, qui varie entre indifférence et exaspération. «Les jeunes trouvent que le gouvernement est bien trop faible avec Taïwan, qu'il aurait dû se montrer bien plus dur avec l'ancien président Chen Shui-bian, explique Xin Chen, professeur à l'académie chinoise de sciences sociales. Ils pensent que le retournement actuel n'est dû qu'à l'alternance politique à Taïwan et que le gouvernement n'y est donc pour rien.» Sur Internet, toutes les discussions ouvertes sur le sujet ont déjà été fermées par les autorités.

«Non-dénégation mutuelle»

Mercredi à Pékin, pour la deuxième des six journées de son séjour, Wu Poh-hsiung a assuré à son hôte Hu Jintao que «nous ne pouvons pas garantir qu'il n'y aura plus de catastrophe naturelle des deux côtés du détroit mais nous pouvons nous assurer, à travers nos efforts mutuels, qu'il n'y aura pas de guerre».

Des gestes et des phrases qui font dire à Jean-Pierre Cabestan, le doyen du département de sciences politiques de l'Université baptiste de Hongkong, que l'«on se dirige vers la reconnaissance d'une entité qui s'appelle la République de Chine. La phrase utilisée par Ma Ying-jeou et qui résume tout cela est la «non-dénégation mutuelle». S'il n'y a pas encore acceptation de l'autre, on ne nie pas non plus son existence. Mais quand on accepte le statu quo, cela signifie que l'on se dirige vers la reconnaissance de l'autre.» Une issue qui rassurerait tout le monde dans la région.