Hongkong traverse sa plus grave crise constitutionnelle depuis son retour dans le giron chinois, le 1er juillet 1997. Le chef de l'exécutif hongkongais, Tung Chee Hwa, a tenté mercredi de calmer la vive polémique qui oppose Pékin à la «Région administrative spéciale» en annonçant que la secrétaire à la justice, Elsie Leung, se rendrait dans la capitale chinoise pour discuter avec les dirigeants communistes. A l'origine de la controverse, la décision fin janvier de la Cour suprême du petit territoire d'autoriser les enfants nés en Chine, mais de père ou de mère hongkongais, à venir résider dans l'ancienne colonie. Un jugement qui prend à contre-pied l'interprétation faite auparavant par Pékin de la Loi fondamentale, un texte qui sert de Constitution à Hongkong.

La tension a atteint son comble lundi dernier quand Zhao Qizheng, la porte-parole du gouvernement chinois, a qualifié la décision des juges hongkongais d'«erreur […] qu'il faut modifier». Cette prise de position a immédiatement suscité un tollé dans le territoire, faisant la une de tous les journaux et provoquant des manifestations devant les bureaux du gouvernement. Car selon le principe d' «un pays, deux systèmes», mis en place par les Britanniques et les Chinois, Hongkong dispose d'une entière autonomie judiciaire, et en aucun cas, Pékin n'a son mot à dire sur les décisions des juges du territoire.

Hier, les dirigeants chinois ont tenté de calmer le jeu en se montrant moins péremptoires et en appelant à une coopération. Mais le mal était fait. «L'intervention de Pékin montre les limites de l'indépendance de Hongkong, analyse Raphaël Jacquet, chercheur au Centre d'études français sur la Chine contemporaine. La Loi fondamentale comporte d'autres failles, sujettes à interprétations. C'est pourquoi de nouveaux incidents pourraient survenir.» Dans le territoire, l'inquiétude est de mise parmi les hommes politiques, la communauté d'affaires ou les représentations diplomatiques.

L'affaire est d'autant plus compliquée que l'opinion publique du territoire est partagée. D'un côté, les Hongkongais sont très soucieux de protéger leur indépendance. Mais ils voient d'un mauvais œil le feu vert de leurs juges donné aux enfants chinois pour traverser la frontière. Car selon certaines estimations, près de 400 000 personnes pourraient ainsi affluer vers l'ancienne colonie peuplée de 6,3 millions d'âmes. Un tel afflux représenterait une charge financière importante en termes d'éducation et pourrait aussi aggraver les problèmes de l'emploi au moment même où la ville traverse une grave récession.