MH370: Pékin veut faire taire les proches des victimes

Six mois après la disparition du Boeing 777 de Malaysia Airlines, les familles des 153 passagers chinois du vol MH370 entre Kuala Lumpur et Pékin accusent la police de les maltraiter. Le 14 juillet, disent-elles, 16 personnes, dont deux enfants de 6 et 4 ans, ont été détenues pendant près de vingt-quatre heures dans plusieurs commissariats de Shunyi. C’est dans cette lointaine localité de la banlieue de la capitale qu’a été relégué le Centre de soutien aux familles des victimes de Malaysia Airlines, initialement installé au cœur de Pékin. Les proches s’y étaient rendus pour demander qu’on leur projette la vidéo de surveillance de leurs proches montant dans l’avion en ce jour fatidique du 8 mars. La police a débarqué peu après. «Elle nous a embarqués en nous signifiant que les rassemblements de plus de dix personnes étaient «illégaux» et nous a accusés d’être un «groupe organisé», ont raconté des témoins à la presse de Hongkong.

Le 19 mai, deux femmes proches des victimes ont quant à elles été battues dans un commissariat, où elles étaient venues exiger la libération de deux autres membres des familles des passagers, interpellés peu de temps auparavant. L’une d’elles, le corps couvert de bleus, a dû être hospitalisée. Au cours des derniers mois, une trentaine de proches ont été ainsi interpellés à un moment ou à un autre, selon ces familles, qui ajoutent que des policiers en civil «devenus hostiles» surveillent leurs domiciles.

Retournement

Dans les premières semaines qui ont suivi la disparition du vol MH370, le gouvernement chinois a appuyé les requêtes de ces familles. L’agence Chine nouvelle avait alors jugé «impardonnable» l’attitude peu transparente de Kuala Lumpur. Des policiers en civil avaient aidé plusieurs centaines de membres de ces familles à manifester devant l’ambassade de Malaisie à Pékin, en les acheminant en bus, allant jusqu’à leur fournir des banderoles et des t-shirts arborant des slogans.

La Chine avait fait figure de héros lorsque, le 5 avril, sa marine avait annoncé avoir détecté des signaux de boîte noire. Mais, tout comme des photos de débris initialement publiées par la Chine, ces signaux s’étaient révélés sans rapport avec le MH370. Pékin avait alors paru si incompétent que des experts internationaux avaient qualifié les efforts chinois de contre-productifs. «Le gouvernement, qui s’était initialement présenté comme le défenseur implacable de ses citoyens, a alors réalisé qu’il était allé trop loin», commente l’universitaire Qiao Mu, cité par la presse de Hongkong. Faute d’avoir obtenu le prestige escompté avec ses premières initiatives, Pékin semble désormais décidé à réduire au silence ces familles éplorées devenues embarrassantes.