France

Pourquoi Le Pen et Macron ont désormais tout à perdre

La candidate du FN présentait lundi son programme contre le terrorisme. Elle a ciblé toujours plus l’autre favori de la présidentielle Emmanuel Macron. Alors que tous deux marquent le pas dans les sondages

Cogner pour exister. Ne surtout pas quitter le devant de la scène et des sondages. Se tenir au plus près de leur électorat. Depuis ce week-end, et alors qu’ils se prennent l’un et l’autre principalement pour cibles, Marine Le Pen et Emmanuel Macron semblent avoir adopté la même stratégie pour ne pas perdre du terrain dans cette dernière ligne droite présidentielle.

«Tout est possible. On en a conscience, concède au Temps le député européen du Rassemblement Bleu Marine Jean-Luc Schaffhauser. Lorsque le révolutionnaire gauchiste Jean-Luc Mélenchon peut prétendre incarner la conscience de la République, toutes les limites sautent.» Quelques minutes plus tard, lundi soir, Marine Le Pen fait de nouveau son entrée dans les salons Hoche, à Paris, où une militante Femen s’était dénudée devant elle en l’invectivant, le 23 février.

La veille, sa déclaration sur le fait que la France n’est pas responsable de la rafle des juifs du Vel d’Hiv en juillet 1942, a relancé la controverse sur son antisémitisme et son révisionnisme. Problématique dérapage pour celle qui continue d’occuper la première place dans les enquêtes d’opinion? «Marine Le Pen a clairement été déstabilisée par les petits candidats d’extrême gauche durant le débat télévisé du 4 avril, analyse un expert de l’institut TNS-Sofres dont la «cote d’avenir» de la candidate frontiste – compilation de tous les sondages depuis 2010 disponible sur www.tns-sofres.com – est en net déclin depuis le début mars. Elle doit maintenant démontrer qu’elle reste la candidate de la colère, s’écarter du système honni.»

Lundi, la «conférence présidentielle» de Marine Le Pen portait sur le terrorisme. Son discours, qu’elle a lu en donnant parfois des signes de lassitude, a tapé fort autour d’un sujet: la capitulation de la gauche au pouvoir depuis 2012 – dont Emmanuel Macron est pour elle «le symbole» – face aux trois Etats-démons de l’islamisme radical que sont, selon la présidente du Front national, l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie. Une longue tirade a suivi sur l’indispensable «assimilation», seule réponse possible parce qu’une «société multiculturelle est une société multiconflictuelle» où prolifèrent les «hybrides», petits délinquants devenus terroristes.

Seule Marine peut défendre la France et donner la parole au peuple.

La promesse de lutter contre l’antisémitisme est venue répondre à la polémique du week-end. Dans son viseur? Deux meetings-clefs à Perpignan le 15 avril sur les terres de son compagnon Louis Aliot, puis à Paris au Zenith le lundi 17 avril. Objectif? Eviter de se retrouver piégés par les médias sur le thème miné de sa campagne qu’est l’abandon de l’euro, et le risque de chaos économique brandi par François Fillon. «Les électeurs entendent tout et n’importe quoi, poursuit l’eurodéputé Jean-Luc Schaffhauser. Ces prochains jours doivent nous servir pour asséner un unique message: seule Marine peut défendre la France et donner la parole au peuple.»

Même exercice, et même sujet pour Emmanuel Macron qui, comme il en a pris l’habitude, a annoncé au dernier moment lundi matin une conférence de presse… sur le terrorisme. Pivot du propos tenu par le candidat «d’En Marche!»: la promesse de forcer les géants du numérique à collaborer avec les forces de police pour traquer la propagande terroriste, en les obligeant à donner les clés de leur chiffrement. Mais là aussi, le sujet était ailleurs, parmi ses conseillers inquiets de voir François Fillon se rapprocher dans les sondages.

L’ancien ministre de l’Economie, qui sera à Besancon mardi, puis à Pau mercredi (sur les terres municipales de son allié centriste François Bayrou), a, selon nos informations, choisi de concentrer ses interventions prochaines sur le renouvellement de la politique. «La meilleure carte de Macron demeure son âge. Il doit capitaliser à fond sur le fait qu’il apportera un nouvel oxygène politique», poursuit notre interlocuteur de l’institut TNS-Sofres. Le verdict, là, est moins inquiétant: la cote d’avenir du candidat a continué de progresser en mars et se retrouve aujourd’hui au plus haut.

Marine Le Pen contrainte de se repositionner sur les fondamentaux d’une droite dure, populaire, décomplexée. Emmanuel Macron obligé de compenser les zigs-zags de son programme économique et le ralliement de plusieurs poids lourds de l’ère Hollande par sa personnalité disruptive et sa promesse d’ouvrir le pouvoir à la société civile. Deux démarches «identitaires» que les poursuivants immédiats Fillon et Mélenchon canardent d’une façon identique: en invoquant leur expérience et en pariant sur le fait que les deux favoris, affairés à se démolir, vont leur permettre de s’engouffrer dans la brèche.

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