Les Américains

Perdre un enfant et être accusée d’homicide

Dans certains Etats américains, les femmes enceintes risquent gros si elles perdent leur bébé. Notre chroniqueuse nous raconte l’histoire de Marshae Jones

C’est le genre d’histoire que l’on pense totalement impossible. Et pourtant, ça se passe aux Etats-Unis. Marshae Jones a vécu un calvaire. Et elle a le malheur de vivre en Alabama, un Etat conservateur. Son histoire? Enceinte, elle a perdu son bébé après avoir été victime d’une fusillade. Mais de victime, elle est très vite devenue coupable, accusée d’être responsable de la mort de son enfant pour l’avoir mis en danger.

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«Que des perdants»

Récapitulons: la jeune femme noire de 27 ans a reçu cinq balles dans l’abdomen lors d’une bagarre avec une autre femme et très vite, alors qu’elle endurait encore de grandes souffrances, elle a reçu un coup supplémentaire: celui d’être accusée d’homicide. Le chef de la police locale trouve cela parfaitement normal. C’est Marshae Jones qui a provoqué la bagarre, alors qu’elle était à cinq mois de grossesse, n’a-t-il pas hésité à relever. Bien fait pour sa pomme, a-t-il probablement pensé.

L’affaire remonte au 4 décembre 2018. Il a fallu attendre le 3 juillet dernier pour que la justice de l’Alabama, qui ne voulait rien céder, finisse par abandonner les poursuites, sous pression. «Il n’y a aucun gagnant, que des perdants dans ce triste cas», a commenté la procureure devant les médias.

Dans son malheur, Marshae Jones a eu de la chance. Mais son histoire met en exergue à quel point des femmes enceintes risquent gros dans certains Etats quand elles perdent leur enfant dans des circonstances jugées «anormales». Une future mère sous l’emprise de la drogue peut également être accusée d’homicide si elle perd son bébé. C’est aussi le cas d’une femme enceinte qui maîtriserait mal le volant et provoquerait un accident de voiture.

«Produire un bébé vivant»

Très vite, les défenseurs du droit à l’avortement sont montés au front pour soutenir la jeune Afro-Américaine, alors que plusieurs Etats serrent la vis dans ce domaine. L’Alabama interdit d’ailleurs, depuis le mois de mai, l’avortement en toutes circonstances, même en cas de viol ou d’inceste. Une mobilisation qui brouille un peu le message, puisque Marshae Jones n’a pas délibérément avorté mais bien fait une fausse couche? Oui et non. Finalement, le Yellowhammer Fund, qui soutient financièrement les femmes souhaitant avorter, résume assez bien la situation dans un communiqué: «L’Etat de l’Alabama a prouvé une fois de plus que dès qu’une personne tombe enceinte, sa responsabilité est de produire un bébé vivant et en bonne santé, et qu’il considère comme un acte criminel toute action d’une personne enceinte qui pourrait empêcher cette naissance vivante.» Ça se passe comme ça en Alabama. Et c’est bien pour cela qu’il faut en parler.

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