Droits humains

 «Mon père, Charles Malik, a rédigé l’article sur la liberté de religion»

Fils du corédacteur de la Déclaration universelle des droits de l’homme, Habib Malik raconte le rôle majeur qu’a joué son père en coulisses à Paris pour faciliter l’adoption de l'illustre document qui célèbre, ce 10 décembre, son 70e anniversaire

Le philosophe et diplomate libanais Charles Malik a joué un rôle important dans la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH), adoptée le 10 décembre 1948 à Paris. Il fut un influent diplomate au sein de la Commission des droits de l’homme, créée en 1946, et au sein de la troisième Commission de l’Assemblée générale de l’ONU, qu’il présidait en 1948. Son fils, Habib Malik, professeur à l’Université américaine de Beyrouth, porte en lui l’héritage intellectuel de son père. A l’occasion du 70e anniversaire de la DUDH, il livre quelques faits oubliés de la phase d’élaboration du fameux document.

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Le Temps: Quel est votre regard sur la pertinence de la Déclaration universelle des droits de l’homme?

Habib Malik: C’est un document qui transcende le temps, l’espace et les cultures. C’est sans doute le document international le plus important du XXe siècle, dont la force morale a presque fait de l’ombre au Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

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Quel rôle a joué Charles Malik, votre père?

Il a été l’un des quatre premiers membres du Comité de rédaction de la déclaration avec Eleanor Roosevelt, René Cassin et Peng-chun Chang. Avant de commencer leurs travaux, les rédacteurs ont sollicité, en 1946, un groupe extérieur à l’ONU, le «Comité des philosophes», dirigé par le Français Jacques Maritain, pour voir s’il y avait des valeurs communes transcendant les cultures. Le verdict des philosophes fut univoque: oui, il y a une véritable universalité de droits fondamentaux. Quant à mon père, on peut lui attribuer la paternité de l’article 18 de la DUDH au sujet de la liberté de religion. Et pour l’anecdote, en juin 1948, alors qu’il faisait la navette entre New York et Washington, l’ex-First Lady Eleanor Roosevelt, première présidente de la Commission des droits de l’homme de l’ONU, lui demanda s’il pouvait rédiger le préambule de la DUDH. C’est sa version qui sera adoptée.

Certains avancent que votre père était très occidentalisé…

Il a suivi des études à Harvard. Mais il était très moyen-oriental. Chrétien (orthodoxe), il connaissait très bien les enseignements de l’islam.

Il a beaucoup œuvré dans les coulisses?

La nuit avant l’adoption de la DUDH, il a mené une diplomatie active pour éviter que l’un des 58 Etats membres de l’ONU ne refuse le texte. Il commencera par féliciter les Soviétiques, puis, avec le diplomate pakistanais Muhammad Zafarullah Khan, il s’efforcera de convaincre les Saoudiens de s’abstenir lors du vote. Ces derniers refusaient l’idée de pouvoir changer de religion, un choix qui serait considéré comme un acte d’apostasie. Au final, il obtiendra gain de cause. Les Saoudiens, les Soviétiques et affiliés et plusieurs pays musulmans s’abstiendront.

Pour vous, la DUDH est-elle suffisante?

La liste des droits qui y figurent n’est peut-être pas exhaustive. Mais je suis opposé à l’émergence de pseudo-droits. Le droit à l’avortement ou le droit des LGBT répondent à des agendas politiques. C’est du droit positif. Avec la DUDH, on est dans le droit naturel. Il ne faut pas mélanger ce qui est légal et ce qui est moral. Mon père, en tant qu’adepte d’Aristote et de saint Thomas d’Aquin, défendait la même vision.

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