Faut-il s’en étonner? Eddie Ray Routh, 27 ans, a été condamné à la prison à perpétuité par un tribunal de Stephenville au Texas pour avoir tué Chad Littlefield, 35 ans et Chris Kyle, 38 ans, le tireur d’élite considéré comme le plus efficace dans l’histoire des Etats-Unis. Les 12 jurés, dont dix femmes, n’ont mis que deux heures et demie pour décider à l’unanimité que l’accusé, qui a abattu les deux hommes dans un stand de tir en 2013, était coupable. Aucune libération anticipée ne sera possible.

La défense a bien tenté de plaider la folie pour expliquer ce meurtre dit de premier degré, mais l’argument n’a pas convaincu. Eddie Ray Routh, un ancien Marine, souffre pourtant bien de psychose, de schizophrénie et de troubles mentaux. Mais il est très rare, voire quasi impossible aux Etats-Unis de voir une cour accepter la notion de folie pour atténuer la peine de l’accusé.

Comme le soulignait mardi soir sur CNN Mark Geragos, avocat pénaliste, le procès d’Eddie Ray Routh n’aurait pas pu se dérouler dans des circonstances aussi défavorables pour le Marine sur le banc des accusés. Depuis plusieurs semaines, le film «American Sniper» du réalisateur Clint Eastwood, racontant la vie de Chris Kyle, fait un carton au point de devenir le plus grand succès du cinéma américain dans le genre film de guerre.

L’œuvre de Clint Eastwood a déjà rapporté pour plus de 300 millions de dollars d’entrées. De plus, le film a été récompensé par un Oscar dimanche soir à Los Angeles et est devenu un vrai phénomène cinématographique quoi qu’en pense de la manière dont Clint Eastwood a fait de Chris Kyle un héros national alors qu’il a abattu plus de 160 personnes en Irak et qu’il avait l’habitude de traiter les Irakiens de «sauvages».

L’avocat pénaliste Mark O’Mara, qui défendit George Zimmerman dans le procès hautement médiatisé du tueur du jeune Afro-Américain Trayvon Martin, juge la sentence très lourde, dénonçant les mécanismes de peines obligatoires imposées en fonction de la gravité du crime. Il aurait aimé que le juge en charge de l’affaire puisse lui-même déterminer si l’accusé pouvait avoir la chance de refaire sa vie un jour si les expertises psychiatriques lui étaient favorables.

De fait, le procès d’Eddie Ray Routh illustre les dégâts qu’occasionne la guerre auprès de ceux qui la mènent. Eddie Ray Routh souffrait manifestement de graves troubles, expliquant qu’il entendait des voix. Si aucun doute ne semble planer sur son crime tant les preuves présentées devant la cour sont accablantes, difficile de ne pas lier un tel acte à l’état psychique de l’accusé. L’avocat Benjamin Brafman le soulignait sur CNN mardi soir: «L’affaire est très triste, a-t-il déclaré. Trois vies ont été détruites, celles des deux victimes et désormais celle de l’accusé condamné à perpétuité.»

Mark Geragos, toujours piquant pour critiquer le système judiciaire américain, n’a pas manqué de relever que les prisons américaines devenaient le plus grand hôpital psychiatrique du pays tant l’Amérique peine à soigner ses malades, notamment les anciens combattants qui reviennent des champs de guerre.

Pour les moins compassionnels, il n’y avait pas lieu de s’apitoyer devant le cas d’Eddie Ray Routh qui «savait ce qu’il faisait» au moment des faits. L’épouse de Chris Kyle, qui a participé à la soirée des Oscars en portant la plaque d’identité militaire de son défunt mari, n’était en revanche pas présente au moment du verdict. Les plus cyniques, eux, se demandent déjà quel sera l’impact de la décision du tribunal de Stephenville sur le film «American Sniper».