Allemagne

Perpétuité prononcée contre la terroriste néonazie Beate Zschäpe

La principale accusée du procès «de la NSU», cellule d’extrême droite qui a semé la mort de la fin des années 1990 à 2011, a été condamnée mercredi à la perpétuité à Munich, malgré les négligences de l’enquête. Le procès laisse un goût amer aux familles des victimes, enfin réhabilitées

Le dos droit, le visage à moitié dissimulé derrière ses longs cheveux bruns, le regard fixe et vide tourné vers le juge Götzl, Beate Zschäpe n’a manifesté aucune émotion particulière mercredi, à la lecture du verdict qui la condamne à la prison à vie pour complicité dans l’assassinat de dix personnes, pour la plupart des petits commerçants turcs.

Beate Zschäpe, 43 ans, était l’une des trois membres – et la seule survivante – de la cellule terroriste d’extrême droite NSU (Clandestinité nationale-socialiste), qui a semé la terreur à travers l’Allemagne de la fin des années 1990 à 2011. Aux attaques racistes s’ajoutent trois attentats à la bombe à Nuremberg (1999) et Cologne (2001 et 2004) et une quinzaine de braquages commis pour financer dix années de cavale.

Le plus long procès en Allemagne depuis les années 1970

Pendant plus d’une décennie, les trois membres de la NSU ont pu vivre dans l’ombre, dissimulés par une dizaine de fausses identités, entretenant de bonnes relations avec leur voisinage, campant même l’été sur les rives de la mer Baltique, soutenus par un obscur réseau de sympathisants restés pour la plupart muets devant la cour.

Le verdict, prononcé mercredi à Munich, marque la fin d’un procès fleuve, le plus long de l’histoire allemande depuis le procès de la RAF contre les responsables de la «bande à Baader» au milieu des années 1970. Il laisse de nombreuses questions ouvertes et un goût amer aux familles des victimes.

Le rôle trouble des services de renseignement intérieur

Après cinq années de procédure, 435 jours d’audience et l’audition de quelque 600 témoins, les familles ne savent toujours pas pourquoi sont morts le fleuriste turc Enver Simsek de Nuremberg (septembre 2000), l’épicier de Hambourg Süleyman Tasköprü (juin 2001), le vendeur de primeurs de Munich Habil Kilic (août 2001) ou le vendeur de kebabs de Rostock Mehmet Turgut (février 2004). On ne sait toujours pas non plus quel rôle ont joué les services de renseignement intérieur, qui ont travaillé avec des taupes proches de la cellule «par négligence ou sympathie cachée», de l’avis des avocats des parties civiles.

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L’affaire, de fait, ne cesse de surprendre. Le scandale éclate en novembre 2011. Uwe Mundlos et Uwe Böhnhardt, les complices de Beate Zschäpe, mettent fin à leurs jours dans l’incendie de leur camping-car pour échapper à la police à la suite d’un énième braquage raté. Zschäpe, elle, se rend, après avoir mis le feu à leur logement de Zwickau (ex-RDA) pour détruire les traces de leur activité. C’est ce double incendie qui va permettre de faire le lien entre les différents meurtres non élucidés des années précédentes.

«Racisme institutionnalisé»

Jusqu’à l’incendie de Zwickau, les polices régionales enquêtant sur les meurtres des petits commerçants n’avaient en effet jamais fait le lien entre ces différents assassinats pourtant commis avec la même arme, ni exploré la piste de l’extrême droite, aggravant même la douleur des familles en privilégiant les seules pistes communautariste ou familiale. «A la femme et à la fille de Mehmet Kubasik, on a dit qu’il aurait été impliqué dans le crime organisé, qu’il aurait joué à des jeux d’argent, eu une maîtresse… Rien n’était vrai!» explique Sebastian Scharmer, avocat de la fille de ce Turc assassiné en avril 2006 à l’âge de 39 ans dans son kiosque à journaux de Dortmund. «Les raisons de ce soupçon systématique des familles sont malheureusement simples: il y a un racisme institutionnalisé en Allemagne. Ça ne veut pas dire que tel ou tel policier est raciste. Mais que le travail des enquêteurs était basé sur des préjugés, notamment la croyance au sein de la police que des Turcs ne peuvent être assassinés que par d’autres Turcs.»

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En 2012, Angela Merkel avait promis aux familles des victimes de faire toute la lumière sur les pannes de l’enquête. Six ans plus tard, le procès et pas moins de huit commissions d’enquête parlementaires n’ont pas vraiment permis d’avancer sur ce dossier. Le mutisme de Beate Zschäpe et de quatre complices présumés, un changement d’avocats en cours de procès et la destruction troublante de documents ont contribué à entretenir l’opacité autour du scandale de la NSU. Seule satisfaction pour les parties civiles, le procès de Munich aura permis de réhabiliter les proches des victimes soupçonnées à tort.

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