L'Ukraine se dirigeait mercredi vers l'invalidation du scrutin présidentiel, le candidat du pouvoir ayant à son tour déposé plainte devant la Cour suprême. Mais le ballet diplomatique se poursuivait à Kiev pour trouver une issue négociée à la crise.

M. Ianoukovitch, officiellement déclaré vainqueur de la présidentielle du 21 novembre, a porté plainte devant la Cour suprême mercredi pour réclamer l'invalidation du second tour du scrutin. Il a dénoncé des fraudes dans les régions ouest du pays, favorables à l'opposition.

Le candidat de l'opposition Viktor Iouchtchenko avait lui aussi demandé l'invalidation du second tour devant la Cour. Le président sortant Leonid Koutchma a toutefois estimé qu'il était impensable de rejouer le seul second tour du scrutin.

«Où voit-on dans le monde un troisième tour de scrutin», a-t-il déclaré mercredi. «C'est une farce, je ne soutiendrai pas cette idée parce qu'elle est anticonstitutionnelle.» Il propose en revanche de reprendre toute l'élection depuis le début, une solution soutenue par son dauphin, M. Ianoukovitch. Certains experts assurent que si le scrutin devait être répété, chaque parti devrait présenter de nouveaux candidats, ce qui exclurait les deux rivaux Ianoukovitch et Iouchtchenko. Cette éventualité est rejetée par l'opposition qui a demandé à la Cour suprême de déclarer président le candidat arrivé en tête du premier tour de la présidentielle, à savoir M. Iouchtchenko.

Elle a remporté une nouvelle victoire mercredi avec le vote par le parlement d'une motion de défiance à l'encontre du gouvernement de M. Ianoukovitch. Le texte demande également au président Koutchma de former «un gouvernement populaire». Il a été adopté de justesse par 229 députés, pour une majorité requise de 226 voix.

Selon la Constitution ukrainienne, le chef de l'Etat doit maintenant signer la destitution du cabinet Ianoukovitch et former, avec un nouveau premier ministre, un gouvernement dans les soixante jours.

Des députés pro-présidentiels ont pour leur part assuré que la motion était «anticonstitutionnelle» et veulent porter l'affaire devant la Cour suprême. M. Ianoukovitch a d'ores et déjà annoncé qu'il refusait de démissionner.

Malgré ce durcissement des positions, les médiations internationales se sont poursuivies pour trouver une sortie négociée à la crise. Une table ronde a réuni le président Koutchma, les deux rivaux à la présidence, les présidents polonais Aleksander Kwasniewski et lituanien Valdas Adamkus, le chef de la diplomatie de l'UE Javier Solana et le président de la Douma russe Boris Gryzlov.

Les deux parties se sont mises d'accord pour entamer de nouvelles négociations une fois que la décision de la Cour suprême serait tombée, a déclaré M.Koutchma à l'issue de la rencontre. Mais quelle que soit la solution adoptée, la date d'un nouveau scrutin «ne pourrait pas être fixée avant un mois», a averti M. Solana.