Ex-militaire, humanitaire et converti à l’islam

Il a, dit-on, résisté jusqu’au bout pour empêcher les djihadistes de mettre en scène sa décapitation. Peter Kassig, 26 ans, cinquième Occidental et troisième Américain à être froidement exécuté, n’avait pourtant rien du GI prêt à «casser» du musulman. S’étant converti à l’islam durant sa captivité, il se prénommait désormais Abdul-Rahman. C’est ce prénom que Barack Obama a utilisé pour présenter ses condoléances aux parents de la victime et pour montrer que le groupe de l’Etat islamique avait assassiné un musulman. Le bourreau n’a pas eu cet égard, soulignant que «Peter Kassig» était un citoyen américain qui avait «combattu des musulmans en Irak».

Billet simple course

Né à Broad Ripple, dans la périphérie d’Indianapolis, Peter Kassig a été arrêté le 1er octobre 2013 à un point de passage contrôlé par les djihadistes de l’Etat islamique à Raqqa avant d’être détenu dans les sous-sols de l’hôpital des enfants d’Alep. Il menait un convoi pour acheminer des médicaments à un hôpital du nord-est de la Syrie. Peu après le lycée, il rejoignit les Rangers de l’armée américaine, une unité d’infanterie qu’il quitta après quatre mois pour des raisons médicales. Au bénéfice d’une formation de technicien urgentiste, cet amateur d’athlétisme et de guitare a vite découvert ce qui allait devenir sa vocation: aider les autres. Il interrompit ses études universitaires pour se rendre au Liban en 2012. Dans le quotidien Indianapolis Star, il explique pourquoi il est resté au Pays du Cèdre: «A quelques heures de mon vol de retour pour les Etats-Unis, j’ai vu des gens mourir devant moi. J’avais déjà vu ça avant et j’avais continué mon chemin.» Cette fois-ci, Peter Kassig estima être de son devoir de rester aux côtés des victimes. Il fonda, à Beyrouth, une ONG dont la mission est de livrer des médicaments et traitements à des blessés dans des zones où personne ne va plus. Jeune, Peter Kassig n’en était pas moins réaliste, conscient qu’il n’allait pas changer la donne dans la guerre civile syrienne, mais qu’il pouvait au moins apporter un peu d’espoir et de réconfort à des gens en souffrance.

Dans des lettres adressées à ses parents, cet enfant unique écrivit: «Ne t’inquiète pas papa, si je meurs, je ne croirai que ce je sais vrai. Que toi et maman m’aimez plus que la lune et les étoiles.» Ses parents, Ed et Paula, sous pression des djihadistes, acceptèrent de ne pas parler aux médias pendant près d’un an. Mais quand leur fils est apparu dans une vidéo montrant la décapitation du Britannique Alan Henning, ils ont changé de stratégie. Paula Kassig portait un voile sur une vidéo suppliant les djihadistes d’épargner son fils. Les parents sont même allés dans des mosquées pour apporter indirectement du soutien à leur fils. Aujourd’hui, ils le pleurent, mais veulent qu’on retienne le magnifique travail humanitaire qu’il a accompli.