«Je suis avec intérêt et inquiétude les efforts récemment déployés pour fournir une assistance et évacuer les civils de la vieille ville de Homs. Si je suis bien entendu heureux pour chaque personne dont le destin prend un meilleur cours, pour chaque personne qui peut sortir d’une situation aussi difficile que celle de Homs, je suis préoccupé par les conditions dans lesquelles les évacuations se sont déroulées et par le nombre de personnes qui restent prises au piège et sans aide entre les lignes de front, dans toute la Syrie. Pendant l’année écoulée, le CICR et le Croissant-Rouge arabe syrien ont multiplié les tentatives d’accéder à Homs et à d’autres zones assiégées et d’apporter aux habitants des secours dont ils avaient bien besoin, mais les négociations avec les autorités syriennes et les groupes d’opposition n’ont pas abouti à un réel accès ni à un engagement ferme à respecter les principes essentiels du droit international humanitaire. (…)

Si la vieille ville de Homs est devenue emblématique du sort des civils syriens, on compte maintenant en Syrie plusieurs autres « zones assiégées », où plus d’un million d’habitants vivent dans des conditions extrêmement difficiles. Tandis que la violence continue à s’intensifier et que les conditions de sécurité de la population civile ne cessent de se détériorer, il est impératif que nos équipes parviennent à travailler, en toute neutralité, impartialité et indépendance, conformément aux principes du droit international humanitaire, qui s’appliquent en Syrie

(…) Pour être utile et efficace, une action humanitaire doit avoir le soutien de toutes les parties. Celles-ci doivent permettre et faciliter le passage rapide et sans encombre de secours humanitaires impartiaux pour les civils en détresse et veiller à ce que tous les blessés et les malades reçoivent les soins médicaux dont ils ont besoin. Les distributions et les opérations ponctuelles ne suffisent pas: nous devons pouvoir nous rendre à plusieurs reprises dans les zones touchées par les combats.

(…) Une évaluation approfondie prend du temps. Nous devons être autorisés à nous rendre à de multiples reprises dans les zones assiégées – comme dans les lieux de détention quand nous y sommes autorisés – si nous voulons vraiment pouvoir répondre aux besoins et suivre l’évolution de la situation. En bref, nous devons pouvoir jouir de la liberté de mouvement nécessaire pour faire correctement notre travail, même si nos déplacements peuvent parfois être temporairement limités pour d’impérieuses raisons militaires.

En principe, nos équipes ne sont pas accompagnées d’escortes armées. Il faut donc que les combats cessent suffisamment longtemps pour permettre la mise en œuvre d’un accord. Comme dans d’autres contextes, nous devons être autorisés à entretenir un dialogue direct avec des représentants de chaque partie si nous voulons éviter tout malentendu au sujet des conditions nécessaires pour que nous puissions mener en toute sécurité des activités utiles. Des négociations directes avec les commandants militaires locaux sont donc essentielles pour que les opérations de secours qui ont été convenues puissent effectivement se dérouler.

Les évacuations ne sont pas la solution à tous les problèmes humanitaires, mais les autorités syriennes et les groupes d’opposition doivent permettre aux civils de fuir vers des zones plus sûres. Ceux qui, pour une raison ou pour une autre, décident de rester chez eux, bénéficient toujours de la protection du droit international humanitaire et ne doivent pas être attaqués. Si des civils sont déplacés, toutes les mesures possibles doivent être prises pour garantir que leurs besoins en matière d’abris, d’hygiène, de santé, de sécurité et de nutrition soient satisfaits et que les familles ne soient pas dispersées.

Toute personne détenue après une évacuation doit être traitée avec humanité en toutes circonstances, et doit être autorisée à communiquer avec sa famille. De plus, nos délégués devraient être autorisés à enregistrer les détenus afin que nous puissions savoir ce qui leur arrive et où ils se trouvent, et les aider à rétablir et à maintenir le contact avec leur famille. Nous continuons de négocier avec les autorités syriennes et d’autres parties pour avoir accès aux lieux de détention dans tout le pays.

Lors d’une récente visite à Damas, j’ai pris note avec satisfaction des déclarations du gouvernement syrien, qui a reconnu la nécessité d’accroître l’assistance humanitaire fournie à toutes les victimes du conflit. J’ai aussi réitéré notre engagement à étendre notre présence opérationnelle et à intensifier nos activités face à la détérioration de la situation humanitaire, notamment pour les personnes détenues en relation avec le conflit. Nous sommes prêts à participer à d’autres évacuations de civils syriens, mais nos conditions restent les mêmes : les parties doivent accepter de garantir le passage sans danger des équipes du CICR et du Croissant-Rouge arabe syrien en tout temps et nous ne proposerons pas nos services à moins que les personnes partent de leur plein gré.» @CICR

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