A présidence ambitieuse, relève royale. Le rideau est sur le point de tomber sur la présidence belge de l'Union européenne, l'Espagne reprenant le flambeau pour six mois lundi soir, à l'heure du lancement de l'euro. Un passage de témoin pas comme les autres. Il sera marqué par une cérémonie en grande pompe, qui réunira les souverains belge et espagnol ainsi que les chefs de gouvernement des deux pays à Bruxelles dimanche sur le coup de 14 heures.

«La présidence belge est digne d'éloges.» A l'instar des autres dirigeants européens, le président français Jacques Chirac a dressé au sommet de Bruxelles-Laeken à la mi-décembre un bilan flatteur de la présidence belge au second semestre. La tâche n'était pas facile. D'abord parce que le Plat Pays, soucieux de laisser son empreinte dans le grand livre de la construction européenne, s'était engagé sur une voie ambitieuse. Ensuite – et surtout – parce que ses six mois aux commandes de l'Europe ont été passablement chamboulés par les attentats aux Etats-Unis.

Quelques gaffes

Au final, les «petits» Belges ne s'en sont pas trop mal sortis, même si ce n'est pas toujours avec les résultats escomptés. En dépit de leur engagement, et dans le cas du premier ministre Guy Verhofstadt de son obstination à réussir, ils ne sont pas parvenus à arracher un accord sur le brevet communautaire ou Galileo, le système européen de positionnement par satellites. Ils n'ont pas non plus mis un terme à la bataille des sièges d'une dizaine d'agences européennes. Guy Verhofstadt a préféré jeter l'éponge à Laeken pour éviter une discussion de marchands de tapis qui aurait donné une piètre image de l'Europe à la veille du lancement de l'euro.

L'histoire retiendra aussi quelques gaffes. A l'instar de celle commise par Louis Michel, le rondouillard ministre des Affaires étrangères, annonçant, à Laeken toujours, l'envoi d'une force de paix en Afghanistan sous la bannière étoilée européenne. Mais l'histoire retiendra aussi le sang-froid avec lequel les responsables de la coalition de centre gauche ont géré la crise née des attentats du 11 septembre. Le royaume peut se targuer d'avoir réuni sur son sol les chefs d'Etat et de gouvernement des Quinze à trois reprises en trois mois. Avec, à la clef, quelques résultats notables.

La lutte contre le terrorisme a reçu un sérieux coup de fouet avec la création d'un mandat d'arrêt européen mettant fin aux lourdes procédures d'extradition, une véritable révolution. L'Union a également été sinon plus efficace du moins plus visible sur la scène internationale, au Proche-Orient en particulier. Louis Michel n'hésite pas à s'autocongratuler. L'Europe, affirme le ministre des Affaires étrangères, est devenue «un partenaire incontournable» et a empêché que Yasser Arafat «ne soit plus l'interlocuteur d'Israël et du monde entier».

L'Espagne n'aura pas à gérer les répercussions immédiates des attentats à New York et Washington. L'agenda de sa présidence, à laquelle le Danemark succédera en juillet, n'en est pas moins chargé. Il s'articule autour de cinq priorités sans surprise: la lutte contre le terrorisme, le lancement de l'euro, l'amélioration de la compétitivité de l'économie européenne, les négociations d'élargissement et le renforcement du rôle des Quinze sur la scène internationale.

Le gouvernement de droite de José Maria Aznar est attendu au tournant sur les négociations d'élargissement. Selon le calendrier réaffirmé à Laeken, elles devraient se terminer fin 2002 pour permettre l'adhésion de dix pays en 2004. Principale bénéficiaire de la manne communautaire des fonds régionaux, l'Espagne est soupçonnée d'être opposée à l'ouverture aux pays de l'Est, plus pauvres qu'elle. Mais Madrid clame sa bonne foi et promet de tout mettre en œuvre pour parvenir d'ici à juin à une «position commune» entre les Quinze sur des dossiers aussi sensibles que l'agriculture et les fonds structurels.

L'objectif est ambitieux, compte tenu des élections prévues en mai en France, première puissance agricole du continent. Josep Piqué ne cache pas la difficulté de l'exercice. «Avec les élections présidentielle et législatives françaises, concède le chef de la diplomatie ibérique, cela peut être plus difficile que s'il n'y avait pas d'échéance électorale.»