Le Conseil des droits de l’homme (CDH) ne sort pas grandi de sa session d’automne, qui s’est achevée vendredi. Non pas en raison du mandat controversé de l’ambassadeur saoudien à la tête d’un groupe consultatif aux prérogatives limitées. «L’affaire» a fait le tour des médias, les uns et les autres confondant allégrement ce poste avec la présidence du CDH, occupée jusqu’à la fin de l’année par l’Allemand Joachim Ruecker. Mais le déficit d’image est bien réel. Le grand public comprend mal qu’un pays comme l’Arabie saoudite puisse siéger aux côtés de la Chine ou de la Russie dans une instance censée être la garante des libertés.

À l’illisibilité, il faut ajouter un bilan de plus en plus inquiétant. Presque 10 ans après sa création, à laquelle la Suisse avait beaucoup oeuvré, le CDH va-t-il suivre le même chemin que la Commission des droits de l’homme? L’instance avait fini dans les poubelles de l’Histoire, décriée et paralysée par les manoeuvres politiques.

Calculs politiques

Tout n’est pas à jeter. Durant cette session, un consensus a été trouvé pour que toute la lumière soit faite sur la sale guerre sri-lankaise, qui s’était terminée en 2011 par l’écrasement des rebelles tamouls dans un bain de sang. Un premier pas vers la réconciliation et la fin de l’impunité.

En revanche, le CDH a échoué à imposer une enquête internationale sur la guerre au Yémen. Les Occidentaux se sont ralliés à la dernière minute à une résolution saoudienne. C’est le gouvernement yéménite soutenu à bout de bras par Riyad qui mènera les investigations et l’ONU sera limitée à un rôle de conseil. L’ambassadeur saoudien, Faisal bin hassan Trad, s’est d’ailleurs félicité de la «coopération» des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la France, alliés stratégiques de la pétro-monarchie.

«Cela nous rappelle cruellement que le Conseil est un organe politique, où les droits de l’homme arrivent malheureusement en queue de liste face à des intérêts jugés vitaux, réagit Nicolas Agostini, le représentant de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH).

Outre la Russie, la Chine et l’Arabie saoudite, Cuba, le Qatar, les Emirats arabes unis ou l’Ethiopie siègent à Genève. Pour Philippe Dam, le directeur adjoint de Human Rights Watch, la composition actuelle du CDH, jugée peu favorable, n’est pas seule en cause. «Les pays qui se réclament des droits de l’homme peuvent trouver des majorités. À condition de le vouloir», dit-il.

Une élection tronquée

Une partie du CDH sera renouvelé le 28 octobre prochain. L’Assemblée générale départage les candidats sur la base de leur bilan en matière des droits de l’homme. Voilà pour la théorie. Dans les faits, il y a rarement plus de candidats que de sièges à attribuer. «Dans les deux tiers des cas, ce n’est pas une vraie élection», analyse Marc Limon, directeur de UPR. Le think-thank lancera ce lundi un nouveau site pour favoriser la transparence de ces élections. En octobre, seuls les groupes africain et asiatique joueront le jeu. Les Occidentaux, si prompts à donner des leçons de démocratie, présentent autant de candidats que de sièges à repourvoir. La Suisse est ainsi sûre d’être élue.

Quand il y a de la concurrence, les pays n’hésitent pas à bétonner leur position en amont. En juin dernier, Wikileaks révélait un câble secret entre Londres et Riyad. Le Royaume-Uni promettait de soutenir l’accession du royaume au CDH, en échange d’un retour d’ascenseur à l’élection suivante et moyennant 100 000 dollars pour financer la campagne britannique pour obtenir ce fameux siège.

Cuba, l’Inde, la Chine, le Royaume-Uni, la France, les Etats-Unis, depuis l’élection d’Obama… «On retrouve toujours les mêmes pays au Conseil», regrette Marc Limon. Après deux mandats de trois ans, ils ne peuvent se représenter, mais l’année suivante oui. Il faut croire que siéger sous le plafond de stalactites réalisé par l’artiste espagnol Miguel Barcélo présente quelques attraits. Celui de mieux pouvoir parer les critiques n’est pas le moindre.